L’espoir fait vivre
5 octobre 2016 - Fanahy gasy commentaires   //   1697 Views   //   N°: 81

Se projeter vers l’avenir va de pair avec l’espoir. Mais gare aux folles espérances, car les déceptions sont cruelles. Ce proverbe ancien « Sarotra ny manantena, ny mamoy mora foana » : « il est difficile d’espérer, abandonner serait plus facile » nous le rappelle fort à propos.

Les Français ne disent-ils pas que « tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir » ? Une façon optimiste et pour le moins volontariste de s’arrimer à la vie, d’en tirer parti jusqu’au dernier centimètre cube d’air qu’elle nous prodiguera. Un peu comme le rastaquouère d’Offenbach déclamant sur le mode glouton dans La vie parisienne : « On va s’en fourrer, fourrer jusque-là ! » Ils vont même plus loin en considérant que « l’espoir fait vivre », littéralement ajouterait des instants à notre vie, ce qui est sans doute un peu utopique, après tout la méthode Coué n’a jamais fait de centenaires !

Les Ntaolo (anciens malgaches) semblent beaucoup plus mesurés dans leurs propos, ou tout simplement réalistes en déclarant qu’« il est difficile d’espérer ». C’est vrai après tout, pourquoi dépenser son énergie pour un combat qui n’est jamais gagné d’avance ?

Après tout l’espoir n’est qu’un pari sur l’avenir, pas une promesse de victoire en soi. Il y a certes de la grandeur à vouloir le concrétiser, à condition toutefois de ne pas se laisser aveugler par ses chances de réussite.

Cela rappelle une chanson d’amour un peu triste qui disait : « Tout l’espoir que j’avais, je commence à le perdre, il y a bientôt dix ans que tu m’as promis… » Enfin le malheureux se rend compte qu’il risque d’attendre encore un bon bout de temps avant de recevoir les faveurs de sa Dulcinée ! Que n’a-t-il abandonné la partie plus tôt ? D’autant plus qu’il y en a de ces coquines – nous ne donnerons pas les noms – passées maître(sse)s dans l’art de promettre sans jamais rien donner. On appelle ça des « allumeuses » : avec elles nul espoir n’est permis, Roméo passe ton chemin, ce sont des causes perdues !

L’espoir poussé au-delà du raisonnable relèverait ainsi de l’aveuglement, ou disons-le d’une forme de stupidité : « L’espoir fait vivre les imbéciles si la fortune sourit aux audacieux » pourrait-on dire en contrepoint de Virgile (L’Enéide). En effet, , placer de l’espoir dans une cause perdue d’avance n’est que fol espoir et perte d’énergie. Et c’est bien ce que laissent entendre les Ntalao dans ce proverbe qu’on peut comprendre ainsi : du moment que tu places de l’espoir dans un objectif, assure-toi qu’il est réaliste, sinon abandonne la partie, car face à une utopie tu te retrouveras aussi impuissant ou ridicule que Don quichotte en proie à ses moulins à vent. En clair, seuls les imbéciles heureux croient en la réalité des chimères, la lucidité commandant pour sa part de toujours espérer dans les règles du possible… Espoir oui, être une poire non !

A LIRE AUSSI
COMMENTAIRES
Identifiez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.
Fermer