Opération « Coup d’arrêt »
1 août 2014 - Archives Grand Angle commentaires   //   3518 Views   //   N°: 55

Des gendarmes de l’opération « Coup d’Arrêt » patrouillent dans la région d’Amboasary Sud. 

Les vols de zébus commis par ces jeunes qu’on appelle plus communément dahalo (ou malaso) sont le lot quotidien des populations vivant dans les régions du sud de Madagascar. Auparavant cette pratique, voire ce « sport régional », dictée par une tradition ancestrale n’était cataloguée qu’au rang de petit délit de brousse par les autorités locales. Mais depuis plus d’un an, le vol de zébus est devenu une activité criminelle. Depuis que les dahalo se sont organisés en groupe, armées de fusil d’assaut, entraînés militairement et n’hésitant pas à tuer pour arriver à leurs fins. 

Un gendarme en patrouille dans le village de Tranomaro, à 50 km au nord d’Amboasary Sud. 

En 2012, les esprits sont marqués par l’affaire Remenabila, un dahalo ayant sous ces ordres 200 à 300 malfaiteurs auteurs du vol de plusieurs milliers de zébus et de l’assassinat de 12 gendarmes à Iabohazo en juin 2012. Cette affaire déclenchera une opération militaire d’envergure, l’opération Tandroka, sensée rétablir l’ordre et capturer Remenabila, mort ou vif. Cette opération sera rapidement condamnée par les observateurs internationaux pour ses méthodes musclées et des cas d’exactions par les militaires envers des populations rurales. En début d’année, l’armée affirme finalement, mais sans grande conviction, que Remenabila a été tué lors d’une opération militaire anti-dahalo.

Des ossements humains sont découverts à Andranondambo attaqué par les habitants d’Ambatotsivala début mai 2014. Le village d’Ambatotsivala est considéré comme un village de dahalo par les autorités militaires. 

Pour autant, les vols de zébus n’ont pas cessé et, de l’aveu des autorités, ont même pris de l’ampleur. Entre mars et mai 2014, on compte plus de 100 morts et des milliers de réfugiés suite à des attaques de dahalo dans la partie sud de Madagascar.  ​Entre le 7 et le 9 mai, les villages d’Andranondambo et Ambatotsivala au nord d’Amboasary Sud s’accusent mutuellement de vols de zébus et s’affrontent, causant la mort de 15 personnes. Quelques jours après, 150 militaires issus des forces de gendarmerie de Tana et de Fort Dauphin sont envoyés dans la région. La mission de cette opération militaire baptisée Coup d’arrêt est de « pacifier » et « sécuriser » les campagnes malgaches dans l’ouest et le sud du pays.

Deux présumés dahalo, originaires du village d’Ambatotsivala, sont en détention à la gendarmerie d’Amboasary Sud.

Dans le sud, les forces armées sont concentrées sur une zone s’étendant de Betroka à Amboasary Sud, une zone extrêmement difficile d’accès, dépourvue d’électricité et de réseau téléphonique. La situation ne semblant pas s’améliorer, l’armée décide début juin d’envoyer 90 militaires de plus et de poursuivre l’opération jusqu’à fin juindébut juillet. Mais déjà les premières accusations d’intimidations et actes de violence par des militaires sur les habitants du village de Besakoa, à 100 km au nord d’Amboasary Sud, vont une nouvelle fois ternir la crédibilité de l’Etat dans cette nouvelle guerre « des zébus ».

 

Texte et photos : © Rijasolo 

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