Trafic d’animaux « Sur Internet en toute impunité »
10 mars 2014 - Tribune commentaires   //   1092 Views

Les opinions exprimées dans cette page n’engagent que leurs auteurs. No Comment se désolidarise de tout contenu politique ou religieux, au sens sectaire ou partisan du terme.

Le trafic des animaux rares de Madagascar s’est beaucoup développé ces deux dernières décennies. Il se présente sous forme de pillages à grande échelle, à partir de l’endroit même où vivent ces animaux.

Chaque année, Madagascar célèbre deux journées internationales sur l’environnement : le 2 février qui est dédié à la protection des zones humides et le 5 juin qui est consacré à la protection de l’environnement. Cependant, la destruction massive de nos richesses naturelles continue de plus belle : seules 10 % de nos forêts primaires demeurent et un bon nombre des 13 000 espèces endémiques est en danger d’extinction. Nous voudrions parler d’une des principales causes d’un tel désastre : le trafic des animaux rares.

À la source, les réseaux de fournisseurs connaissent bien la manière de vivre de ces animaux, leurs heures de sortie ainsi que les lieux où ils sont faciles à repérer. Des intermédiaires communiquent avec ces fournisseurs et viennent recueillir les informations : on leur donne les consignes sur les lieux où récupérer les animaux capturés et sur la manière dont ils vont être transportés. Un complice se charge du transport en dissimulant les animaux par tous les moyens possibles : taxi-brousse, pirogue… Un autre complice se charge de la réception des animaux et éventuellement de leur envoi à Ivato, Antananarivo si l’exportation se fait par voie aérienne.

Jusqu’ici, ces animaux sont essentiellement exportés vers l’Asie. La Thaïlande et la Malaisie ont été nommées maintes fois. Il y a également d’autres destinations telles que l’Europe et l’Amérique du Nord. Nous savons aussi que des pays d’Afrique comme l’Afrique du Sud figurent parmi les pays d’escale. Des professionnels dans le trafic des animaux rares qui sont de parfaits connaisseurs du marché international réceptionnent les marchandises. Et ce genre de trafic est même visible sur Internet, en toute impunité. Les groupes appelés amphibiens (les grenouilles) et les reptiles (les animaux rampants tels que le lézard, la tortue, le caméléon et ceux qui leur ressemblent) sont les plus recherchées, ainsi que les insectes comme les papillons ou les scarabées. Les lémuriens furent auparavant les victimes de ces trafics.

Pourquoi y a-t-il commerce illégal des animaux rares de Madagascar ? Parce qu’il existe une coopération, une entraide entre nationaux et étrangers pratiquant ce trafic (…)  Si vous prenez part dans un trafic d’animaux en voie d’extinction à Madagascar, il est grand temps pour vous de changer de cap et de devenir protecteur des richesses incomparables de ce pays. Incomparables car non seulement elles font partie du patrimoine national mais également mondial. Elles représentent la fierté de tout un peuple ! Je voudrais m’adresser particulièrement à nos dirigeants et aux autorités des différentes instances. Il est incontestable que vous assumez de lourdes tâches. Dans l’accomplissement de ces tâches, je vous invite à réfléchir deux fois sur l’avenir de notre pays : nos richesses naturelles sont tout ce que nous avons, elles représentent tout ce que nous pouvons transmettre à la génération future. Parfaitement conscient de la sagesse dont vous faites preuve, j’espère que « bonne gouvernance » n’est plus désormais un vain mot.

Pr Jonah Ratsimbazafy

Le Pr Jonah Ratsimbazafy est secrétaire général du Gerp (Groupement d’étude et de recherche sur les primates de Madagascar). Il enseigne au département de paléontologie et d’anthropologie et au département de médecine vétérinaire de l’Université d’Antananarivo. Il a été de 2002 à 2013 Training and Conservation Coordinator au sein de Durrell Wildlife Conservation Trust.

COMMENTAIRES
Identifiez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.
Fermer