Tonton tatoue
17 mars 2014 - Métiers commentaires   //   2216 Views

n°48

À la Petite Vitesse, Hasina officie depuis sept ans comme tatoueur. Un personnage haut en couleur, car lui-même n’est pas dépourvu de ces rutilants dessins à l’aiguille qu’il exécute à même le trottoir. Un métier qui ne manque pas de piquant ?

Sauf les dimanches et jours fériés, Hasina tatoue toute la journée dans la rue du marché de la Petite Vitesse. D’où ce surnom de Tonton Tatou que lui ont donné ses neveux et nièces. Campé sur son petit tabouret, il a toujours avec lui ses deux catalogues bourrés d’environ 800 motifs qu’il est capable de reproduire à la minute (ou dans l’heure selon la complexité du dessin). Ancre de marine, rose des vents, colombe de la paix, lion rugissant, pin-up façon Aslan… il y a forcément de quoi trouver son bonheur. D’autant qu’à 26 ans, Hasina a un joli coup d’aiguille. Pas de ces petits machins informes, tout tremblotants et tout de suite délavés, qu’on peut se faire à la va-vite entre potes avec une simple plume et de l’encre de chine (très fortement déconseillé) « A l’école primaire déjà, j’étais bon en dessin, alors quand l’opportunité de faire ce boulot s’est présentée, je n’ai pas hésité. » Cela remonte à tout juste sept ans alors qu’après avoir achevé son cycle primaire, Hasina se demande bien de quoi son avenir sera fait. « Au départ, j’envisageais de faire ça juste pour pouvoir m’inscrire au lycée et me payer mes fournitures scolaires, mais ça m’a tout de suite passionné et j’y suis encore. Peut-être jusqu’à la retraite ! » Père de deux enfants, il reconnaît que c’est une façon agréable et « complètement artistique » de gagner sa vie. Dans les périodes fastes, il peut rentrer jusqu’à 150 000 Ar dans la journée, quand c’est plus calme dans les 14 000 Ar (le motif le plus simple étant à 6 000 Ar). Son plus grand « trophée » ? Ce jour de 2012 où un vazaha lui a demandé de lui tatouer dans le dos une Harley Davidson conduite par un squelette en blouson de cuir- façon Hell’s Angel quoi ! « Il était tellement content de mon travail qu’il m’a laissé 400 000 Ar. Évidemment, des clients comme ça, il n’y en a pas tous les jours… ». Aujourd’hui, le tatouage n’est plus le signe de ralliement des aventuriers ou des marginaux de tout poil. « Plus besoin d’être un marin ou un taulard pour se faire tatouer. Il m’arrive de dessiner des motifs pour des femmes ou des jeunes filles, à condition qu’elles soient majeures. Avec la mode du tatouage ethno, c’est même devenu très tendance. » Bien entendu, se faire tatouer n’est pas un acte anodin. On sait que pratiqué en dehors de toute hygiène, c’est un des principaux moyens de transmission de diverses maladies, comme l’hépatite ou le Sida. Mais pas avec Hasina qui assure stériliser systématiquement son matériel. « Jamais un client ne s’est plaint de quoi que ce soit, je suis un professionnel même si je travaille dans la rue. » La preuve, il vient de s’acheter un dermographe, un appareil électrique à aiguille qui remplace la méthode archaïque de l’aiguille à coudre. Et comme avec tout business qui prend de l’ampleur, il loue même aujourd’hui un box de 2,5 m². Pas encore le salon, mais ça viendra, précise-t-il (piqué au vif ?).

Solofo Ranaivo

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