Quand les villes débarquent à la campagne
7 avril 2015 - Cultures FombaNo Comment   //   1442 Views   //   N°: 63

Le lundi de Pâques, les campagnes se réveillent pour faire cuire des marmites entières de maïs en épis. Elles courent après les poulets, les dindonneaux ou les canards. Car, le lundi de Pâques, ce sont les citadins qui débarquent, et il n’y a rien de plus facile à plumer…

Pâques est la fête chrétienne de la Résurrection, le lundi de pâques, c’est l’appel des campagnes. Un appel qui ne se fait entendre que dans les villes. On en connait les effets, dont l’enfer automobile à l’heure du retour vers la ville. Beaucoup, rien qu’en y pensant, préfèrent rester à la maison et cultiver leur jardin. Mais, des familles entières – plus on est de fous, plus on s’amuse – louent carrément un ou des bus pour aller en villégiature. L’habitude est tellement ancrée dans les moeurs, que ne pas aller aux champs le lundi de pâques, c’est comme être obligé de garder le lit quand tout le monde fête le réveillon. Le Lundi de pâques est véritablement une fête d’importation et comme telle, une coutume spécifiquement urbaine. Le lundi de pâques n’a de valeur que pour les citadins de coeur et d’âme, les esclaves du métro-boulot-dodo et du stakhanovisme. Ils ont perdu, sans doute et à force, l’idée de nature et la nonchalance des campagnes. Mais, pour les coins de campagne qu’ils infestent, le lundi de Pâques n’a pas de sens.

Quand on vit à longueur de jours et d’années au milieu des rizières et des vergers et autres champs de patates, au milieu des chemins creux ou des cascades, un pique-nique fait plutôt rigoler. Rêver de la ville et de ses mirages serait plus compréhensible. Il est sûr que les zones rurales ne font pas du lundi de Pâques, un jour spécial. Les campagnes ne font pas de différence entre tous les lundis du calendrier, car tous les jours sont des lundis. Idem pour les mardis, mercredis, jeudis, vendredis, samedis et dimanches. Pour ce dernier jour, il est quand même besoin de moduler. Les zones rurales connaissent les dimanches, même si elles n’en respectent pas obligatoirement le précepte religieux du repos sabbatique. C’est l’influence des superstructures, expliquent les doctes.

Depuis l’époque royale et de la religion d’Etat ou de l’époque coloniale et de la religion des vainqueurs -et donc des fonctionnaires – les campagnes savent que le dimanche a quelque chose de sacré. Ce qui ne les empêche pas de vaquer à leurs occupations quotidiennes, sauf travailler les rizières. Le dimanche est jour tabou pour le travail des rizières, le mardi pour les rites qui touchent à la mort. Cela n’a rien à avoir avec les interdits religieux, mais avec les interdits coutumiers. Il y en a qui ne travaillent pas le jeudi ou le vendredi ou le lundi. Le lundi de pâques fait donc partie de ces jours fériés acceptés comme tels, sans décrets ni circulaires officiels.

On reste au village, à l’ombre des manguiers, à papoter et à refaire le monde. Sauf le lundi de Pâques. Là, les campagnes se réveillent pour faire cuire des marmites entières de maïs en épis, de patates ou de manioc et cetera et cetera. Elles courent après les poulets, les dindonneaux ou les canards. Car, le lundi de Pâques, ce sont les citadins qui débarquent et il n’y a rien de plus facile à plumer…

par Mamy Nohatrarivo

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