Pas de lézard… mais Moby Dick !
1 mars 2013 - Nature commentaires   //   1631 Views   //   N°: 39

Dans le club des scinques, je demande mobydick. Albinos et dépourvu de pattes arrière, ce n’est pas le lézard le plus séduisant de l’année. Mais à coup sûr le plus intrigant avec ses petites « nageoires » qui lui ont valu son curieux surnom.

La nouvelle publiée fin décembre dans la revue scientifique Zoosystema continue à faire le buzz. Madagascar compte une espèce endémique de plus, en l’occurrence un curieux spécimen de lézard albinos découvert dans les forêts sèches du nord-ouest.

L’équipe internationale de chercheurs à l’origine de sa découverte lui a donné le nom de Sirenoscincus mobydick en référence au célèbre cachalot du roman de Herman Melville, décrit lui aussi comme albinos. Pour autant, tout rapprochement avec les mammifères marins s’arrête là ! S. mobydick est tout ce qu’il y a de plus reptilien : un genre de lézard fouisseur, ayant élu domicile dans le sable, et apparenté au groupe des scindés ou « scinques ».

C’est précisément comme spécialiste des scinques que le chercheur français Aurélien Miralles en est venu à mettre la main sur mobydick. Une découverte qui, comme toujours doit d’abord au hasard. « Je revenais d’une mission dans le sud de Madagascar, lorsqu’en visitant les collections zoologiques de l’université d’Antananarivo, je découvre un bocal avec deux spécimens étranges qui ne ressemblaient à aucun lézard connu. »

Deux spécimens collectés quelques années plus tôt par Mirana Anjeriniaina dans la commune rurale de Boriziny, région Sofia. « J’en ai conclu qu’il devait s’agir d’une nouvelle espèce, mais je voulais en avoir le coeur net. » Son intuition est confirmée par des examens plus poussés, entrepris en collaboration avec des chercheurs allemands et américains (Christy Hipsley et Johannes Müller) et des spécialistes des reptiles de Madagascar (Miguel Vences et Frank Glaw). Bienvenue au club des scinques, mobydick ! Tel quel, S. mobydick est un vrai mystère pour les spécialistes. 

Ayant adopté le mode de vie fouisseur au cours de son évolution, il a appris à vivre sous terre, loin de la lumière, ce qui a déterminé certaines particularités anatomiques : sa peau s’est dépigmentée le faisant ressembler à un gros « ver » blanc, ses yeux ont presque disparu, car devenus inutiles, tout comme ses pattes arrière. En revanche, il a gardé ses membres antérieurs, mais de taille très réduite et semblables à des nageoires de dauphin. « Une morphologie très particulière au sein des vertébrés terrestres », constate Aurélien Miralles.

« La très grande majorité des lézards sans pattes a évolué en perdant leurs membres antérieurs en premier, bien avant les postérieurs. Or ici, c’est le contraire, sans qu’on ait encore d’explications sur cette évolution diamétralement opposée… » Un mystère qui ne sera résolu que par l’étude patiente de spécimens vivants et d’espèces voisines. 

Un pas de plus pour la compréhension de la biodiversité malgache et mondiale, « car l’une ne va pas sans l’autre », précise Aurélien Miralles. La Grande Île possède la population de lézards la plus riche et la plus diverse au monde. Preuve en a encore été apportée.

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