Opus 106 – Haja Razakatsara : Écrire son histoire
14 avril 2017 - Cultures commentaires   //   2209 Views   //   N°: 87

Toute musique amenée à traverser l’histoire doit d’abord traverser le monde. Et pour traverser le monde, elle doit d’abord être écrite. C’est parce qu’elles ont été écrites que les sonates de Bach sont toujours vivantes et c’est pour la même raison que avons aujourd’hui la possibilité de jouer un tango de Piazzolla ou une Danse hongroise de Brahms sans avoir à traverser les mers.

Depuis bientôt dix ans, Haja Razakatsara se dédie à l’art délicat de la transcription. Son domaine ? Le Bà-Gasy des Hauts-Plateaux, et en particulier la musique théâtrale de l’Imerina. Ce qui le motive ? L’urgence de préserver et de transmettre de la manière la plus juste l’essence de cette musique que l’on appelle communément « Kalon’ny Fahiny », chants d’antan. Car même si ces chants font partie de notre culture (qui ne connaît pas Bakobako rroa ou Tanisa ?), ils se transmettent uniquement par la voie orale, courant le risque d’être totalement oubliés ou totalement transformés au fil des décennies.

Haja a eu le privilège d’aller au théâtre dans son enfance. Il connaît donc bien la spécificité de cette musique née au début de la colonisation et qui a connu son apogée dans les années 1930. « Elle est toujours accompagnée au piano, et les textes traduisent très bien la sentimentalité et la morale de l’Imerina. »

Mais revenons à la source. Haja Razakatsara découvre les bases de la musique avec la flûte et le solfège. C’est vers 12 ans qu’il commence à s’intéresser au piano. Il s’inscrit à l’école de musique Talenta, et plus tard à l’Académie d’enseignement musical (AEM). En même temps, dans l’ensemble musical de sa paroisse, la FJKM Analakely, l’excellente pédagogue Pauline Razafinohatra le désigne copiste et le guide dans la distribution des parties d’orchestre. Cela l’aide à se familiariser avec l’écriture et les possibilités techniques de chaque instrument. Ajoutés à cela, le contrepoint allemand et l’harmonisation que l’on enseigne à l’AEM finissent de sceller ses acquis.

« J’ai alors commencé à transcrire des pièces classiques dont je ne trouvais pas les partitions… Et puis un jour, j’ai eu un déclic : pourquoi je ne prendrais pas une pièce malgache ? » Haja s’essaie alors à des arrangements pour piano à quatre mains de petits morceaux de Barijaona, et à la musique de Naly Rakotofiringa. Mais c’est la rencontre avec deux autres transcripteurs, Liva Ramorasata et Lala Razanajatovo, qui le conforte définitivement dans sa voie. Ensemble, ils discutent, comparent leurs approches de ce fameux 12/8 malgache divisé en 5-7 ou en 7-5, en perpétuelle permutation et sans règle apparente. « C’est la difficulté et en même temps la clé du Bà-Gasy. On retrouve partout les chiffres 5 et 7 dans la tradition malgache, pour ne citer que les arcades du Rova de Manjakamiadana : 7 dans la longueur et 5 en largeur … »

Pour lui, « celui qui avance dans le futur en négligeant son passé ne fait que la moitié du chemin ». Haja Razakatsara a déjà à son actif une centaine de pièces transcrites et il travaille actuellement à leur publication avec Liva Ramorasata. Avant la fin de ce semestre, nous aurons donc le plaisir de découvrir sur le marché des partitions quelques-unes des pièces de Rajoro, Rabemanantsoa ou Ratianarivo qu’ils auront éditées.

Retrouvez Valérie Raveloson dans l’émission Opus 106 tous les dimanches de 18 h 30 à 20 heures
sur la RLI FM 106 by no comment®.

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