Iraimbilanja : LE ROCK POUR DEVISE
22 août 2012 - Cultures commentaires   //   1919 Views   //   N°: 31

Trente ans d’existence et toujours la même envie de jouer. Si son nom est inspiré d’une unité monétaire depuis longtemps disparue, Iraimbilanja n’en reste pas moins une valeur sûre du rock malgache… 

Il y a tout juste trente ans, Iraimbilanja débarquait dans le paysage musical malgache. Non pas à la façon d’un coup de tonnerre, plus exactement d’un déluge de guitares. Le truc énorme pour l’époque, avec riffs incandescents portés par de gros amplis… de quoi électriser toute une génération ! Alors que le folk acoustique des Mahaleo et des Lolo sy ny Tariny règne en maître, cela relève autant de l’électrochoc que de la révolution culturelle. Un peu comme si Jimi Hendrix avait décidé de se poser au pays des baobabs (pas si fou de le penser, il composera peu avant sa mort un morceau intitulé Madagasikara !) Bref, le rock d’ici venait de naître.

À la manoeuvre, façon Allman Brothers multipliés par deux, les frères Niry (guitare 1), Batata (guitare 2), Roger (guitare 3) et Papay (guitare basse), sans oublier l’ami Dera aux claviers. Dans la grande tradition garage band, ils sont issus d’un premier groupe, les Papay’s Brothers, constitué en 1982 dans l’enceinte du lycée Galliéni d’Andohalo. Pour la petite histoire, leur nom d’Iraimbilanja, l’ancienne unité monétaire malgache équivalant à un cinquième d’ariary (autant dire pas grand-chose), serait dû à l’admiration que portait Niry au groupe américain Dollars, aujourd’hui bien oublié…

Leur premier concert, donné le 19 novembre 1983, a lieu à Antsahamanitra, dans le cadre du grand concours rock organisé par Tsoa et Dida Randriamifidimanana sous l’intitulé très provoc de Rock indray no ady eo (le rock est dorénavant mon arme). Une façon de clouer le bec aux vieux rabat-joie qui ne voient dans le one, two, three qu’une invention décadente de l’Occident capitaliste ! « À l’époque, le rock était synonyme de sexe, de drogue, de délinquance. Pour le faire accepter, nous avons dû commencer par des compositions softs du style Ilay Mosoara avant d’en arriver à des trucs plus hard comme Tanin-Dolo ou Vohitsara », se souvient Roger. Le mouvement est lancé. Dans la foulée, vont vite apparaître les gros calibres du rock malgache « première génération », les Masindahy, Kazar, Ortho’Dox… Que du lourd !

Le truc en plus d’Iraimbilanja, c’est ce qu’il appelle le vakorock : littéralement le « rock du terroir ». Un son proche des Stones et de Santana certes, mais allongé de rythmes locaux comme le banaike du grand Sud. À la même époque, partout dans le monde, le reggae (rock issu du terroir jamaïcain ?) fait fureur et l’on commence déjà à parler de Word Music… tout se tient ! Au sein de la formation, pas de leaders exclusifs, chacun écrit et compose ce qu’il veut, et peut même à l’occasion aller voir ailleurs, comme Roger qui se produit régulièrement avec Samoela. Probablement la recette de leur longévité, car trois décennies plus tard, le groupe est toujours là, toujours aussi soudé. « Iraimbilanja est notre base de repli et une quatrième décennie ne nous fait pas peur », clame Batata. À preuve, la dernière composition du groupe intitulée Maninona Moa ? (pourquoi pas ?), comme un nouveau pari sur l’avenir. Une chose est sûre, quelles que soient les modes musicales, Iraimbilanja ne sera jamais de la monnaie de singe… 

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