Heritiana : SOUS LE PLUS GRAND CHAPITEAU DU MONDE
15 septembre 2012 - Métiers commentaires   //   857 Views   //   N°: 32

Depuis dix ans il se produit à ciel ouvert sous le plus grand chapiteau du monde… la rue. Un peu magicien, acrobate et cracheur de feu, Heritiana est un pur enfant de la balle, expert comme pas un dans l’art de faire tomber les billets dans son chapeau. Quelques minutes d’illusion. 

«Dans les moments crise, les gens s’arrêtent plus souvent pour nous regarder. C’est la preuve que quelque part on leur fait du bien », estime Heritiana, ci-devant magicien et acrobate de rue. Une activité qu’il pratique depuis une dizaine d’années à Analakely, avec deux compères magiciens comme lui, mais également jongleurs et cracheurs de feu. Leur scène c’est le bitume, délimitée par le cercle plus ou moins étroit des badauds qui s’arrêtent. Plus il est étroit, plus la recette sera meilleure. Encore faut-il les retenir et leur faire mettre la main à la poche… Tout un art du batelage qu’Heritiana possède à la perfection.

Très pénétré de son personnage de devin, il trace à la craie un serpent, puis deux cercles renfermant la lettre M (comme maty ou masina, c’est-à-dire la mort) et une étoile à cinq branches. « Puissant talisman qui prédit l’avenir », explique-t-il à la ronde. Tout le monde peut poser une question, mais il faut d’abord envoyer la monnaie… et pas moins de 500 Ar, s’il vous plaît ! Visiblement les candidats ne se bousculent pas.

Sans se démonter, Heritiana propose illico de transformer une corde en serpent. « Attention, je ne travaille pas à moins de 3 000 Ar », prévient-il. Les billets n’en tombent pas plus vite dans son chapeau – on dirait bien que tout le monde est fauché aujourd’hui. « Dommage car j’ai des numéros encore plus extraordinaires comme de traverser un mur, m’évaporer ou transformer une personne en caméléon ! » Grand seigneur, il hausse les épaules et se contente d’exécuter quelques acrobaties, histoire de justifier les quelques pièces qu’on lui a quand même lancées.

S’ils sont trois pour le spectacle, ils ne font pas caisse commune : chacun empoche ce qui est tombé pendant son numéro. « Ainsi on ne s’exploite pas », fait valoir Heritiana, pas peu fier d’être le mieux payé du trio, même si personne ne l’a jamais vu faire disparaître quoi que ce soit… Son compère Ra-Dragon a déjà pris le relais. Comme ses dons de devin ne font pas plus recettes, il se lance dans un numéro de jongleur et de cracheur de feu qui ne déchaîne guère l’enthousiasme. Ce soir, s’il finit sa journée avec 10 000 Ar en poche, il pourra s’estimer heureux. « C’est la moyenne, difficile de faire mieux avec la crise », confie-t-il.

Pour attirer la monnaie ou le billet salvateur, tous les moyens sont bons. Y compris de réciter du slam, un exercice qu’Heritiana maîtrise plutôt bien. « À force de vivre dans la rue, tu finis par connaître la poésie de la rue », explique-t-il. De là à se prendre pour un artiste, il n’y a qu’un pas. Et c’est vrai qu’à ses moments perdus, Heritiana rêve de gloire. « J’aimerais me produire un jour sur une grande scène ou avoir 30 minutes à moi à la télé. C’est comme ça que les David Copperfield ont commencé, et aujourd’hui ce sont des stars. » En attendant, faire le saltimbanque à Analakely n’est pas une activité particulièrement reluisante « Pour beaucoup spectacle de rue rime avec pickpockets. Certains pensent même qu’on est de mèche avec les coupeurs de bourse », soupire Heritiana. Disons que dans la rue, mieux vaut toujours avoir un oeil ouvert, la disparition d’objets prenant parfois des formes inattendues… 
 

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