Forêt d’Anja
21 mai 2012 - Nature commentaires   //   1125 Views   //   N°: 28

Au pied des trois Montagnes Soeurs, à une dizaine de kilomètres d’Ambalavao, se niche la forêt d’Anja où foisonnent plantes endémiques et lémuriens. AMI, l’association villageoise qui gère ce trésor naturel, vient tout juste d’être récompensée par le prix Équateur Initiatives.

Les yeux s’habituent lentement à la pénombre. Le plafond est voûté, le sol en terre battue, on sent l’humidité qui monte. Devant l’entrée, en partie obstruée par une végétation luxuriante de ficus géants, lianes épaisses et orchidées colorées, des makis catta aux yeux ébahis observent les visiteurs.

Cette grotte, comme les dizaines d’autres dispersées au coeur de la forêt d’Anja, a longtemps été le refuge d’un peuple prudent : « Nous avons échappé aux esclavagistes, aux colonisateurs et aux pilleurs de tombe », explique Tolotra. « Il y a quelques années, tout était en train de disparaître : la forêt, les animaux, les trésors des grottes », continue Jocelyn. Comme Tolotra, Jocelyn est guide dans le parc d’Anja et membre actif de AMI (Anja Miray).

Cette association a été créée en 1999 pour freiner la destruction systématique de l’écosystème particulièrement riche et varié de la région, menacé par une culture sur brûlis intense. Complètement indépendante et forte de ses quatre cents adhérents, tous issus des six villages du même fokontany, elle gère jalousement le parc, ses plantes médicinales, ses grottes et ses lémuriens : « Nous contrôlons 25 hectares de forêt, sur plus de cinq cents mètres de dénivelés, et une population de plus de six cents lémuriens, qui a doublé depuis trois ans », explique fièrement Jocelyn.

« Et l’année dernière, nous avons accueilli 13 000 visiteurs. » Pour préserver et exploiter cette richesse et conserver l’indépendance si caractéristique des paysans locaux, il a fallu négocier patiemment avec l’administration locale et nationale, avec les villages voisins et entre eux, jusqu’à ce que soit mis en place une organisation efficace et juste.

« Après avoir réglé tous les problèmes administratifs et aménagé le parc, nous assainissons les finances », explique Ravo, trésorière de l’association. « Les priorités sont la protection de la faune et de la flore, le développement économique, l’aide aux indigents et la formation des guides », poursuit-elle. L’association a ainsi développé un système d’assurance-maladie ou d’aide aux personnes âgées et a organisé des formations pour améliorer les rendements agricoles.

Sous les immenses rochers de granit gris, piémont grandiose de l’Andringitra, cette association villageoise atypique s’investit dans tous les domaines, économique, écologique et social. Le Programme des Nations unies pour le développement vient de l’ériger en exemple en lui décernant le prix Équateur Initiatives 2012, une distinction dédiée aux meilleurs exemples de solutions locales de développement.

Bénédicte Berthon-Dumurgier

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