Festival Lagnona : COULEURS BETSILEO
1 août 2012 - Escales Escales commentaires   //   5419 Views   //   N°: 31

Organisé pour la première fois cette année, le festival Lagnona a été créé pour mettre en valeur les richesses de la culture betsileo. Trois jours de fêtes entre « tolon’omby » et « kabary » pour perpétuer un patrimoine inestimable.

Tôt ce matin du 25 mai, une longue procession s’étire sur les six kilomètres qui séparent Iharaghany, le lieu de résidence des descendants des rois betsileos, de Fianarantsoa, capitale administrative de la Haute Matsiatra. Pendant une heure, dans la brume teintée de l’aube, une centaine de personnes transportent les richesses héritées des anciens royaumes : vêtements, ustensiles de cuisine, coffres, bijoux, eau sacrée. Les uns après les autres ils déposent leur chargement à l’intérieur d’une vaste maison traditionnelle rouge, construite pour l’occasion et représentant le palais royal. Puis le mugissement du zébu sacrifié devant le palais marque l’ouverture des festivités. « Nous avons voulu débuter le festival par des rites traditionnels qui montrent que les us et coutumes appartiennent aux rois et à leurs descendants », explique Perlette, déléguée régionale du ministère de la Culture. « Ce sont eux qui détiennent le patrimoine culturel immatériel. Ils sont les gardiens de la mémoire collective ». 

Organisé grâce à la collaboration d’entreprises privées et d’institutions publiques, le festival Lagnona (« fêtes communes » en betsileo) est né de la volonté de rappeler la richesse des traditions afin de réveiller leurs pratiques : tolon’omby (combat entre un homme et un zébu), tournoi de fanorona (jeu de pions traditionnel), kabary (discours), danses et défilés se sont succédé au son rythmé des mpilalao, les orchestres de campagne où se retrouvent jejy, valiha et kabosy. « Nous avons surtout privilégié les activités de groupe qui renforcent le sentiment d’appartenance à une communauté », comme le partage des zébus sacrifiés, le repas de sosoa sy tantely (riz bien cuit accompagné de miel) ou le pilage du paddy par les femmes, symbole de la solidarité féminine.

À l’heure du bilan, Perlette a le sourire : « Bien sûr, l’organisation est parfois à revoir. Mais les échos sont très positifs et nous commençons déjà à organiser la prochaine édition pour 2013. Nous ne nous accrochons pas à des traditions sclérosées ou un folklore dépassé. Le festival doit devenir un véritable événement culturel, non dans une perspective de repli sur soi, mais d’échange et d’ouverture aux autres ». Dans un contexte de mondialisation et d’uniformisation de la culture, le festival Lagnona s’inscrit donc dans une prise de conscience récente de l’importance des traditions locales, sources d’identité. Un enjeu plein d’avenir. 

#BénédicteBerthonDumurgier 

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