Caeristrus darwini : ON EN PARLE SUR LA TOILE !
28 août 2012 - Nature commentaires   //   1742 Views   //   N°: 31

Mini mais elle fait le maximum. Du haut de ses 2 cm, l’araignée de Darwin bark, une espèce endémique découverte en 2010, tisse la plus grande toile du monde. Des fils de soie de 25 m de long qui s’avèrent vingt fois plus résistants que les fibres des gilets pare-balles. Spiderman peut aller se rhabiller ! 

En 2011, elle a ravi la première place dans le top 10 des espèces nouvelles les plus spectaculaires de l’année, établi par l’Université d’Arizona. Avant le cafard sauteur, le champignon phosphorescent, la bactérie mangeuse de rouille ou la limace cannibale ! C’est dire que cette petite araignée endémique de Madagascar, découverte dans le parc national d’Andasibe-Mantadia, n’en finit pas d’étonner son monde. 

Et pour cause, pas plus grosse qu’une pièce de 100 ariary (2 cm pour les femelles, cinq fois moins pour les mâles), elle est capable de dévider des fils de soie de 25 m de long, soit la plus grosse toile d’araignée jamais répertoriée, toutes catégories confondues. Un phénomène !

À l’origine de sa découverte, deux chercheurs qui n’en reviennent toujours pas de l’« énormité » de leur prise : Matjaz Kuntner, président de l’Institut de biologie de l’Académie des sciences et des arts slovène, et Ingi Agnarsson, directeur du Musée de zoologie de l’Université de Porto Rico. Caeristrus darwini, l’araignée de Darwin bark, tel est le nom de la nouvelle venue, semble en effet dotée de superpouvoirs. Pour traverser une rivière, elle n’hésite pas à jeter son fil d’une rive à l’autre, en s’aidant du souffle du vent. Ce faisant, elle tend une toile d’environ trois mètres carrés qui va s’avérer d’une extraordinaire efficacité, car la raison d’être d’une telle structure – de la simple salive solidifiée – est avant tout de lui servir de garde-manger. Or sur une seule de ces toiles, les deux chercheurs ont trouvé jusqu’à 32 insectes pris au piège : libellules, guêpes, scarabées…

« Pendant la saison chaude, les toiles sont plus grandes car il y a moins d’insectes, contrairement à la saison pluvieuse où les insectes abondent et où l’araignée n’a pas à tendre de si grands pièges », précise Jean-Jacques Rafanomezantsoa, coordinateur et entomologiste à la California Academy of Sciences à Tana, l’un des grands spécialistes malgaches des araignées.

Pour que la toile géante supporte le poids de l’araignée et celui des insectes capturés, il faut qu’elle soit d’une solidité à toute épreuve. Et c’est là la deuxième grosse surprise que nous réserve Caeristrus darwini : ses fils de soie sont parmi les plus résistants et les plus élastiques connus au monde. Dix fois plus que la fibre de kevlar, utilisée pour la fabrication de gilets pare-balles, s’émerveillent Kuntner et Agnarsson dans le très sérieux Journal of Arachnology ! 

De telle sorte que certains chercheurs, comme Todd Blackledge de l’Université d’Akron, envisagent déjà de l’utiliser en médecine pour la réparation des tendons et des os, mais aussi pour les pansements et les sutures. Bref, une petite araignée qui ne paye peut-être pas de mine, mais qui ne manque pas de ressources. Depuis la découverte de Kuntner et Agnarsson, elle a été également observée dans le parc national de Ranomafana, ce qui laisse à penser que pour sa boîte à pharmacie, Madagascar n’a pas trop à s’inquiéter ! 

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