Andry : Père Noël d’un mois
30 décembre 2012 - Métiers commentaires   //   930 Views   //   N°: 35

Chaque année, en décembre, Andry ressort son grand manteau rouge, son bonnet à pompon et sa barbe blanche.
Tout le mois durant, le temps d’une photo, il sera père Noël à Analakely.
Star des bambins, rêve d’enfance des parents et en plus pas mal payé… que du bonheur ! 

L’arrivée des fêtes de fin d’année est un cadeau pour lui.
Pas comme un gamin qui attend la visite du père Noël. Plutôt comme quelque un qui sait qu’il va gagner un maximum de mbola en ce mois béni de décembre.
Car chaque année, à l’approche de la Nativité, Andry joue les pères Noël de rue à Analakely ou Ambohijatovo.
Sans avoir la riche bedaine du bon Santa Klaus (il faut croire que le régime alimentaire n’est pas le même en Laponie qu’à Madagascar), c’est lui qui pose en costume traditionnel rouge et blanc avec les enfants, le temps d’une photo.
« Il y en a plein qui ne sont pas crédibles dans ce rôle. 

Moi, j’ai un costume de qualité que ma femme m’a cousu.
Je suis un Père Noël en bottes, pas en baskets », précise-t-il.
Face à lui, son coéquipier Rova, le photographe qui immortalise la rencontre.

Dès qu’un gamin croise le stand, c’est toujours la même réaction : « Oh regardez, c’est lui ! » « A-t-il été gentil cette année ? », demande Andry aux parents, forcément un peu émus car c’est quand même le père Noël de leur enfance.
Sans attendre leur réponse, il emporte le bambin sur ses genoux et lui parle de sa grosse voix de gorge (les hivers lapons ne sont pas bons pour les cordes vocales), tandis que Rova compte jusqu’à trois.
Clic ! La photo est faite. Le cliché est proposé à 1 000 Ar, le tirage papier à 230 Ar. Pour sa prestation, Andry empochera 250 Ar.
Pas mal pour une minute de travail.
D’autant que la foule ne désemplit pas avec le grand bazar de Noël qui donne une allure de fourmilière à Analakely.
Beaucoup de familles qui viennent des régions et qui montent à la capitale juste pour l’occasion.
Se faire photographier avec le père Noël, ça ne se refuse pas.

Pour Andry, c’est juste une activité d’appoint.
De son vrai métier, il bosse dans un cybercafé, rien à voir ! « Ca me permet d’empocher quelques billets de 10 000 Ar supplémentaires dans le mois.
Juste de quoi m’offrir quelques bières la nuit de la Saint Sylvestre », explique-t-il.
Plus pour le plaisir en somme, car luimême n’a jamais rencontré le père Noël dans son enfance, d’une certaine façon il se rattrape.
Un rôle qui n’est pas toujours facile à tenir.
« Les enfants peuvent poser des questions très déstabilisantes : Pourquoi tu parles malgache si tu viens de Laponie ? C’est quoi ton adresse mail ? Ou te tirer la barbe pour voir si ce n’est pas une fausse.
Sinon ce sont toujours les mêmes questions : T’es venu comment ? Où sont tes rennes ? Moi, je réponds que je suis venu en avion, comme tous ceux qui arrivent du pôle Nord et que je ne sors les rennes que le 25 décembre… »

Pendant que les parents glissent le billet au photographe, Andry continue à distraire l’enfant pour qu’il ne s’aperçoive pas que derrière tout cela, il est bien question d’argent.
« Il ne faut pas décevoir un enfant, le rêve c’est sacré », estime-t-il, dégoulinant de sueur sous sa barbe de coton.
Ce soir, pour rentrer chez lui, il n’aura ni chariot, ni rennes, ni grelots, juste son vieux vélo et sa sonnette qui fait dring-dring.  

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