Celui qui ne se marie pas
13 mars 2025 // Gaysy // 2906 vues // Nc : 182

« Vous êtes le mari ? », lui demande le photographe. Bien sûr que non ! Pour que la réponse soit « oui », il lui faudrait entrer dans un engin tout droit issu d’un film de science-fiction, un engin qui le téléporterait dans un pays étranger, un autre continent, ou qui le propulserait dans un futur lointain, une année inconnue où il pourrait être le « mari », un espace-temps où un homme peut se marier avec un homme. Mais cette machine n’est pas à Antananarivo. Le seul portail qu’il franchira aujourd’hui est celui de l’église.

Il en voulait au photographe de lui avoir posé cette question, de lui rappeler sa condition, lui qui avait passé une demi-heure à travailler un faux sourire devant le miroir de sa salle de bain, une armure pour affronter ce jour de mariage. Mais il ne pouvait pas reprocher au photographe de faire son travail. Après tout, son look prêtait à confusion. Tu es sûr que tu n’es pas celui qui se marie aujourd’hui ? Où est la fille ? Tu te prépares beaucoup plus que la mariée !

De quoi détourner les yeux des smartphones : un ensemble monochromatique blanc, un collier doré qui scintille sous les reflets des vitraux paroissiaux, des lunettes de soleil gargantuesques qui cachent des yeux larmoyants et même une boutonnière en épi séché.

En réalité, tous ces artifices qui volent la vedette ne lui servent qu’à masquer une joie qui lui est inaccessible. Réclamer un morceau de rêve à cette institution qui formalise le droit de baiser avec une conscience immaculée, une fraction d’attention. Et quelles attentions ! La veille, on lui avait demandé de déposer deux bouteilles de champagne chez une tante, là où une réception allait se tenir après la cérémonie. Les escaliers en ébène étaient vernis, aussi luisants que la nef de l’église où la mariée s’avance maintenant. Les bouquets de roses et de lis des Incas embaumaient le salon ; cela sentait aussi bon que l’encens brûlé par le prêtre alors qu’il s’apprête à sacraliser leur union.

D’aussi loin qu’il se souvienne, la seule surface vernie à laquelle il avait eu droit était le sol poisseux des toilettes en CM1. Il venait s’y réfugier quand des élèves, le trouvant trop efféminé, le poursuivaient dans la cour de récréation. Quant aux fleurs, combien de fois avait-il fantasmé des couronnes funéraires ? Pendant ces jours ténébreux qui feraient passer le soleil pour une petite flamme ridicule. Et ces deux bouteilles qu’il avait déposées hier… Ce crachat sur son visage d’enfant était plus mousseux que le champagne ; aucun savon n’a jamais pu réellement nettoyer cette tache imprimée dans l’âme.

Alors qu’on échange les bagues, les tonnerres d’applaudissements picorent son armure de satin. Elle s’effrite : les boutons de la chemise ne contiennent plus un cœur qui monte dans la gorge, les yeux cherchent la mélancolie dans ceux des autres pour y déverser des larmes trop profondes pour une seule tête. Mais en vain. Même pas dans la pose affectée de cette statue de Sainte Thérèse d’Ávila. Tout n’est que confettis et flashs de caméras.

M.

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Rija Ramanantoanina : « L'œuvre de toute une vie »

Lire

28 mai 2026

Rija Ramanantoanina : « L'œuvre de toute une vie »

Ce dimanche 31 mai, à 15 heures, l'amphithéâtre du Centre de Conférence International d'Ivato accueillera un événement inédit dans l'histoire de la mu...

Edito
no comment - Exister en malgache

Lire le magazine

Exister en malgache

Juin à Madagascar, c'est un mois qui déborde. La langue, l'enfant, l'indépendance — trois célébrations bousculées dans trente jours, comme si le calendrier avait, lui aussi, quelque chose à dire. Et si ce n'était pas un hasard ? Ces trois commémorations racontent, au fond, la même histoire : celle d'un peuple qui cherche, depuis 1960, à exister pleinement sur ses propres termes. Pas seulement dans les discours officiels et les défilés — dans la vie réelle, quotidienne, celle qui se joue désormais aussi sur un écran.Car le vrai terrain de la souveraineté culturelle s'est déplacé. Il est numérique, algorithmique, et aussi impitoyable. Une langue absente du web est une langue que le monde n'entend pas — et qu'il finit par oublier. Le malgache, parlé par trente millions de personnes, riche d'une histoire linguistique qui traverse les siècles et trois océans, mérite mieux que l'invisibilité numérique. L'initiative Wikiteny — atelier consacré à l'enrichissement des contenus en malgache sur internet — est allée dans ce sens. Ce type d'initiative doit être multiplié, amplifié, soutenu. Sans attendre.C'est là, précisément, que la langue rejoint l'économie. Une identité qui ne se raconte pas, c'est une culture qui ne se monétise pas — un savoir-faire qui reste sans vitrine. Madagascar exporte sa vanille, ses textiles, sa biodiversité unique. Mais que fait-on de l'autre richesse, l'immatérielle, celle qui ne figure dans aucune balance commerciale et qui, pourtant, vaut de l'or ? Soixante-quatre ans après l'indépendance, la vraie souveraineté se joue peut-être là : dans la capacité à dire qui nous sommes, en malgache — et à faire en sorte que le monde l'entende. Haut et fort.Solofo Ranaivo

No comment Tv

Making of shooting mode – juin 2026 – NC 197

Retrouvez le making of shooting mode du no comment® magazine, édition Juin 2026 - NC 197
Prise de vue : Le Sohimanga Restaurant
Collaborations : Tanossi – Via Milano mg – HAYA Madagascar - AKOMBA GARMENT MG - CARAMBOLE
Make up : Réalisé par Samchia
Modèles : Elianah, Eyevan, Diamondra, Sitraka, Endrikaja, Mitia, Taniah, Tafita
Photos : Andriamparany Ranaivozanany

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir