Celui qui ne se marie pas
13 mars 2025 // Gaysy // 2512 vues // Nc : 182

« Vous êtes le mari ? », lui demande le photographe. Bien sûr que non ! Pour que la réponse soit « oui », il lui faudrait entrer dans un engin tout droit issu d’un film de science-fiction, un engin qui le téléporterait dans un pays étranger, un autre continent, ou qui le propulserait dans un futur lointain, une année inconnue où il pourrait être le « mari », un espace-temps où un homme peut se marier avec un homme. Mais cette machine n’est pas à Antananarivo. Le seul portail qu’il franchira aujourd’hui est celui de l’église.

Il en voulait au photographe de lui avoir posé cette question, de lui rappeler sa condition, lui qui avait passé une demi-heure à travailler un faux sourire devant le miroir de sa salle de bain, une armure pour affronter ce jour de mariage. Mais il ne pouvait pas reprocher au photographe de faire son travail. Après tout, son look prêtait à confusion. Tu es sûr que tu n’es pas celui qui se marie aujourd’hui ? Où est la fille ? Tu te prépares beaucoup plus que la mariée !

De quoi détourner les yeux des smartphones : un ensemble monochromatique blanc, un collier doré qui scintille sous les reflets des vitraux paroissiaux, des lunettes de soleil gargantuesques qui cachent des yeux larmoyants et même une boutonnière en épi séché.

En réalité, tous ces artifices qui volent la vedette ne lui servent qu’à masquer une joie qui lui est inaccessible. Réclamer un morceau de rêve à cette institution qui formalise le droit de baiser avec une conscience immaculée, une fraction d’attention. Et quelles attentions ! La veille, on lui avait demandé de déposer deux bouteilles de champagne chez une tante, là où une réception allait se tenir après la cérémonie. Les escaliers en ébène étaient vernis, aussi luisants que la nef de l’église où la mariée s’avance maintenant. Les bouquets de roses et de lis des Incas embaumaient le salon ; cela sentait aussi bon que l’encens brûlé par le prêtre alors qu’il s’apprête à sacraliser leur union.

D’aussi loin qu’il se souvienne, la seule surface vernie à laquelle il avait eu droit était le sol poisseux des toilettes en CM1. Il venait s’y réfugier quand des élèves, le trouvant trop efféminé, le poursuivaient dans la cour de récréation. Quant aux fleurs, combien de fois avait-il fantasmé des couronnes funéraires ? Pendant ces jours ténébreux qui feraient passer le soleil pour une petite flamme ridicule. Et ces deux bouteilles qu’il avait déposées hier… Ce crachat sur son visage d’enfant était plus mousseux que le champagne ; aucun savon n’a jamais pu réellement nettoyer cette tache imprimée dans l’âme.

Alors qu’on échange les bagues, les tonnerres d’applaudissements picorent son armure de satin. Elle s’effrite : les boutons de la chemise ne contiennent plus un cœur qui monte dans la gorge, les yeux cherchent la mélancolie dans ceux des autres pour y déverser des larmes trop profondes pour une seule tête. Mais en vain. Même pas dans la pose affectée de cette statue de Sainte Thérèse d’Ávila. Tout n’est que confettis et flashs de caméras.

M.

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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