Petits luxes
23 juillet 2025 // Gaysy // 3481 vues // Nc : 186

Tu railles ces cœurs brûlants qui crient dans les rues. Ils se disputent dans l’assemblée des affranchis, leurs ténors pleins d’esprit, là où tout ce qui compte, c’est parler fort.
« Comme si vous aviez le moindre poids dans ce monde ! Au mieux, vous n’êtes que des cailloux gênants dans leurs chaussures de luxe, et les grosses pointures vous pulvériseront, en même temps qu’elles écraseront les insectes qui les importunent, les cafards », dis-tu.

Je ne réponds pas. J’ai décidé de m’accrocher à cet optimisme borné, même s’il court vers un trou noir. Comme je suis stupide !
Tu prends pitié et t’appliques à démaquiller la peinture de guerre sur mes joues. Les paillettes s’en vont avec un peu de sang, et tu découvres un bleu, un hématome. Pour éviter ton « Qui t’a fait mal ? Les justes ? » et les jérémiades qui s’ensuivent, il faut que mes maux déambulent sur ta peau, jamais léchée par le soleil, seulement par ces chats agoraphobes et les radiations de ton smartphone.
« Je veux » : ta litanie commence enfin. Tu veux invoquer d’autres témoins que la lune et les déserts urbains. Tu veux décrocher un premier amour avant un CDI, ne pas vivre une seconde adolescence car la première t’a été volée, censurée. Tes yeux veulent s’attarder sur la lumière dorée que filtrent les rideaux, après l’amour, un après-midi d’hiver.

Devant ta télé, tu te demandes comment Batman peut faire un blockbuster s’il tue le Joker en prime time, alors que ça ferait couler des océans d’encre s’il l’embrassait.
Tu veux éteindre la télé.
Tu voudrais me tenir la main ailleurs qu’entre ces murs, ne pas scruter ces millions d’yeux avant de t’autoriser la moindre affection.
Comme tu es stupide !
Ta haine envers toi-même est plus lourde que ces montagnes que nous essayons de déplacer ;
les « je t’aime » timides que tu murmures sont l’écho de ces « folles » qui s’égosillent en slogans, et pourtant tu les méprises.
Que feras-tu, la nuit où les grands méchants loups défonceront ta porte, et que ta passivité mollassonne s’incendiera avec tes polaroïds ?
Tu devras apprendre à sentir l’encens dans les chambres à gaz, à chérir la chaleur d’un foyer sur le bûcher, à pressentir la poésie dans les insultes, à t’abandonner comme dans une étreinte lors des coups de poing, à ficeler un polar alambiqué à partir des complots ourdis contre toi,
à comprendre des blagues — et forcer un rire — dans les discours obscurantistes, à t’imaginer dans un club leather, dans les cachots. Tu te diras : « J’aurais dû brandir des banderoles, au lieu d’un livre auquel je ne crois même pas. »
Et tu sauras que des guerres sont menées autour de ta tasse de thé et de ton petit sofa en velours.

M

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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