Absoute
6 avril 2025 // Gaysy // 2813 vues // Nc : 183

Je reste sur le dernier banc, près du bénitier, pendant que le prêtre prononce tes éloges funèbres ; tout comme je suis resté en retrait tout au long de tes funérailles. Non, je n’ai pas besoin de faire la queue comme ces gens qui passent près de ton cercueil une dernière fois. D’aussi loin, près de la porte de la paroisse, je suis plus près de toi qu’ils ne l’ont jamais été. M’introduire dans la cérémonie a été simple, c’est facile de se fondre parmi tes amis et ta famille élargie, monsieur populaire ; de toute façon, l’univers m’a fait don d’invisibilité.

Et pourtant, aucun d’eux ne t’a jamais vraiment connu, autrement, ils n’auraient pas habillé ton corps avec cet ensemble noir que tu détestais, le costume de la chorale à laquelle tu appartenais. Je me souviens, tu es venu chez moi le jour où tu l’as récupéré chez la couturière, c’est en l’enlevant que je t’ai vu nu pour la première fois.

Si cette foule te connaissait un minimum, ils n’auraient pas choisi ce prêtre pour célébrer ta dernière messe, tu sortais souvent au milieu de ses sermons qui puaient l’homophobie ; et, quand ta femme et tes deux filles demandaient pourquoi, tu leur répondais juste que tu ne supportais pas la chaleur. Et même ces chansons pendant la veillée funèbre, mon Dieu, tu aurais détesté, tu as toujours préféré nos weekends silencieux en pleine nature, tu racontais au monde que tu partais en mission. D’ailleurs, quand ils ont rangé tes affaires, ils ont été surpris de voir toutes ces bouteilles d’alcool. Tu avais besoin de te saouler avant de pouvoir faire l’amour à ta femme sans regretter de compromettre ce que tu es réellement pour te fondre dans la masse.

Tout, absolument tout dans tes funérailles montre à quel point ton entourage t’était étranger, tu aurais détesté cette mascarade, ton âme est sûrement en train de crier, que tu reposes en paix. S’ils te connaissaient un minimum, ils sauraient pourquoi, un après-midi pluvieux de dimanche, pendant qu’ils étaient partis à la troisième messe, tu as décidé de te foutre une balle dans la tête, sous ces cheveux que j’aimais caresser. J’ai photographié la mare de sang que tu as laissé sur le tapis du salon.

M

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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Prise de vue : Ambatobe Résidence 
Collaborations : Kostami - Tanossi – Via Milano mg – HAYA Madagascar - Akomba Garment MG
Make up : Réalisé par Samchia
Modèles : Addie, Kenny, Mitia, Natacha, Onitiana, Manoa, Santien, Mampionona
Photos : Andriamparany Ranaivozanany

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