Ouioui en Malgachie
22 octobre 2014 - Fictions commentaires   //   1601 Views   //   N°: 57

A pas de zébu

par #PhilipeBonaldi

Il m’aura fallu tout ce temps pour comprendre les prémices d’un essentiel. L’objectif de la connaissance comme nourriture intérieure : vouloir, savoir et définir la quête de l’intelligence invisible. Il m’aura fallu tout ce temps pour sentir que la porte du grand couloir inconnu se trouve juste face à moi. Sans clé et sans serrure, entrebâillée la porte est là, belle comme une devanture en bois massif. Pour moi, le sport le plus instructif  sera le sport du cerveau et continuera d’être mon activité principale. J’en décide ainsi.

Je vais soigner mes échauffements cérébraux pour ne pas tomber dans la luxation ou la luxure. Afin que le cerveau ne se détache pas, il me faut garder la tête sur les épaules. Garder une bosse de secours pour savourer un jour le mets le plus délicat.

D’ici là, j’avance à pas de zébu.

J’avance et je grossis avec mon dessert préféré, le gâteau de la vie en fin de repas. Gourmandise en forme d’escargot que je tourne tranquillement en ellipse vers un étage supérieur. S’auto-persuader, c’est déjà être un peu convaincu. Pour cela, je fais un pacte avec mes muscles du cerveau et je redéfinis chaque frontière comme de grandes salles de gymnastique.

La soirée à l’Etoile des Neiges  s’est terminée avec un goût de papayes généralisé. Chacun à tour de rôle s’est envolé au micro et s’est vu remettre un paquet de Choco-Lu. Au final, trente-sept kilos de biscuits distribués à la volée comme des graines de stars. La THB à bulles coulait à flot au point de me faire chanter en malgache. Chanter Carlos, Mahaleo et Charles Aznavour en groupe de quinze personnes dans une ambiance de « Dieu Mafana » dans les vapeurs de brochettes de zébus fut un de mes derniers souvenirs visuels.

Reste en mémoire interne le cliquetis du pousse-pousse sur le voyage retour vers l’hôtel  Mirana. Un Joe le taxi  en musique acoustique. Le jour se levait sur Antsirabe. Le froid était en train d’inonder la ville comme si du karaoké j’avais laissé les étoiles pour ne prendre que la neige. Nous étions encore à rire à trois dans le pousse, trois flocons légèrement embrumés. Pas un dromadaire à l’horizon.

Huit heures de sommeil imposé nous amène en direct dans un début d’après midi. En Malgachie le soleil est matinal mais il se couche tôt. Il n’y a pas de longues soirées d’été à boire le p’tit vin blanc de Nogent jusqu’à 22 heures en pêchant la truite au son des cigales. Il n’y a pas de 21 juin qui définit que le soleil prend son temps et laisse la lumière allumée jusque tard dans la soirée. La Malgachie, c’est l’hémisphère Sud sous les tropiques. Lever tôt. Coucher tôt. « L’océan Indien ! » me dit Mamy. Je suis d’accord avec lui, mais ceci n’explique pas cela. Pourquoi le soleil se couche-t-il plus tôt ? Ce sont des phénomènes que j’ai du mal à cerner. Mon cerveau n’est pas prêt à affronter ces paramètres psycho-géologiques. Du reste je ne vois pas ce que viennent faire les Indiens dans cet océan.

Une chose est certaine, Toky et Mamy sont mes amis sphère sûrs. L’amitié n’a pas d’hémisphère. Les sentiments s’unissent du nord au sud sans fuseau horaire. Les copains d’abord  c’est une formule à toute heure – 24 heures sur 24. On ne peut pas nier l’existence de l’attraction terrestre tel un aimant météorologique.  Il en est de même de l’amitié : c’est une attraction aimante à double pôle, une aspiration à flux tendu. Le copinage se fout du temps universel sur l’échelle des riches terres.

Qu’il fasse nuit à 18 heures n’empêche pas la camaraderie. Il n’y a pas de dérèglement de sentiments dus aux hémisphères. Ici, le Sud m’honore sans boussole et ce ne sont pas les Indiens de l’océan qui me contrediront

De la même façon, huit heures de sommeil au Nord ou huit heures de sommeil au Sud ne changent pas la qualité du repos. A un moment donné il faut se rendre à l’évidence que les scientifiques vont un peu trop loin quelques fois dans leurs recherches. Déjà à l’école, cela m’embrouillait la cervelle. Tout comme ces anthropologues animaliers qui cherchent la petite bête et ces politologues en météorologie qui font la pluie et le beau temps. C’est un luxe parfois de ne rien savoir. Oh ! Je ne suis pas candide au point de croire que l’ignorance est un atout, mais avouons que les mauvais élèves ont un véritable chemin de connaissance devant eux. Un tracé qui leur est propre. Chacun son rythme, chacun son chemin. A pas de zébu, la découverte est plus lente mais surtout plus majestueuse. A ce propos, que pense le zébu de son travail de labeur quand il laboure ? Comment le dromadaire kabyle trouve-t-il son havre de paix, son oasis ? Ce sont des questions auxquelles tout être peut répondre simplement : il n’y a qu’à inventer la réponse.

On peut également s’interroger sur le point de vue d’un escargot sur le port du sac à dos, la vision d’une libellule sur les facettes du monde, la définition d’un caca-pigeon malgache pour une poule française… Toutes ces questions se doivent de rester sans réponse.  Quelque soit sa position géographique, chaque personne a son point de vue. Chaque situation dans le monde a son panorama. La vie est un belvédère à 360°. Tout comme mon humble histoire la vie est pleine de fautes. Comme je l’ai lu je ne sais où : le monde n’est pas idéal. Tant mieux, c’est qu’il est réel. Moi, j’aime bien donner des définitions aux choses, ça fait travailler ma salle de gym intérieure. Au demeurant, combien de pompes faut-il faire pour se sentir bien ?  Quel poids faut-il soulever et combien de fois pour gonfler nos muscles ? Qui décide de la réponse ? Qui s’octroie la vérité ?  Pour être celui qui croit qu’il sait, il faut une sacrée détermination exemplaire pour avancer de vraies réponses. Dans un problème le bénéfice du doute constitue un capital non négligeable. Chacun spécule sans faire de mal car le doute laisse la possibilité d’ouvrir d’autres portes. Et il n’y a rien de plus excitant que d’ouvrir une porte inexplorée.

Les sens sont en éveil. Ça fourmille comme les bulles de la THB, ça pétille dans la bouche et ça donne un sens à la direction. Il n’y a rien de plus extraordinaire non plus que de chercher sa route.  La preuve : (avec le doute) les Indiens se retrouvent dans l’océan, les hôtesses de l’air sont décalées et les eaux chaudes du sol tombent du ciel.

Je défie quiconque d’en résoudre l’énigme, d’en faire la preuve par B.

Moi ça me dépasse.

 

(à suivre)

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