Toph Rebel : Un air de Bob
21 mai 2019 - Cultures commentaires   //   324 Views   //   N°: 112

Toph Rebel a le reggae dans le rythme et ses paroles sont du roc. Ses textes dénoncent les tristes réalités de sa ville natale Tolagnaro (Fort-Dauphin) : abus de pouvoir, accaparement de terres, trafics, etc. Il prépare son premier album Raha tsy ta (Quelque chose d’incoercible) qui sortira en juin.

Si les artistes de Fort-Dauphin sont connus pour leur musique mafana (chaud bouillant), celle de Toph Rebel, sort du lot. Look rasta rehaussé d’un béret, collier vert jaune rouge, ses apparences ne trompent pas. Toph Rebel – de son vrai nom Ambininjara Soandro Christophe –, 30 ans, est un fan inconditionnel de Bob Marley depuis ses 15 ans lorsqu’il intègre l’association rasta Lia Raiky de Fort-Dauphin. Ayant fondé son groupe en 2017, il prépare aujourd’hui son premier album Raha tsy ta (Quelque chose d’incoercible). Sa musique est un subtil mélange de reggae acoustique, de beko (musique des Antandroy) et de sarandra (musique des Antanosy). « Même si j’emprunte des styles d’ailleurs, je n’en oublie pas mes racines musicales. Durant mon enfance, j’ai été bercé par la musique des groupes de chez nous comme Hazolahy qui fait le mangaliba des Antanosy. J’adore tout ce qui est traditionnel mais je voulais aller plus loin, faire quelque chose de plus moderne et de différent. »

Toph Rebel a appris la musique vers l’âge de 13 ans auprès du défunt Solobibiango, père de Thominot du groupe Hazolahy dont il est fan. Il lui en est à jamais reconnaissant. « C’est grâce à lui si je sais jouer de la guitare. Au début, il m’a dit d’observer juste ses mains en train de jouer. Il m’a appris le sens de l’observation et de l’écoute musicale. » Désireux de faire de la musique son métier, il part pour Antananarivo en 2015. « J’en avais marre à Fort-Dauphin. J’ai l’impression qu’on ne peut pas y évoluer. Il n’y a pas de marché de la musique. Il n’y a pas de studio dans les normes. On ne fait que des cabarets pour gagner notre vie. Et même, il n’y a pas assez de salles pour se produire. » Dans la capitale, les opportunités de jouer sont plus nombreuses. En 2018, il fait coup sur coup l’Is’art Galerie, le Cercle germano-malgache (CGM) lors du spectacle poétique Zara fanahy, et en décembre 2018, le M’Kolosaina Découverte à l’Université d’Antananarivo.

Rythmés par le reggae, les textes de Toph Rebel n’ont rien de peace and love. C’est même d’eux que provient son pseudo de Rebel. Pour lui, la chanson est un exutoire. « Je dénonce tout ce qui ne va pas à Fort-Dauphin. » Et il ne mâche pas ses mots. Dans Antsika rehetra (À nous tous), par exemple, il parle des abus de pouvoir si courants au quotidien. « Il y a les problèmes d’exportation de bois de rose. Je n’hésite pas à évoquer nos terres accaparées par les étrangers. À Fort-Dauphin, il y a tellement de plages privatisées, alors qu’enfants on était libres de s’y baigner. Il ne faut pas se laisser faire ! » En juin, Toph Rebel sortira son premier album Raha tsy ta de quinze titres. Une synthèse de tout ce qu’il a sur le coeur, sur une note de reggae.

Contact
Toph Rebel : 034 94 494 41

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