Papier antemoro
15 octobre 2014 - Déco commentaires   //   3434 Views   //   N°: 57

Une tradition millénaire

Apportée par les Arabes à la tribu Antemoro, la fabrication du papier à partir de l’écorce de  l’arbuste avoha reste une tradition solidement implantée chez les artisans malgaches. Une tradition qui commence même à s’exporter un peu partout en Afrique en ce début de millénaire…

Les Arabes, en débarquant sur la côte Est de Madagascar entre les XIIIe et XVIe siècles de notre ère, ont légué à leurs descendants, la tribu Antemoro, non seulement le sorabe, la langue écrite des Anciens, mais aussi l’art du papier. Le papier antemoro était précisément utilisé comme support  du sorabe. Pour cela, les anciens lettrés se servaient  d’un bambou taillé appelé kalamo en guise de plume, que l’on plongeait dans un récipient d’encre obtenue avec les graines de l’arbre harandranto (ou hintsina), Intsia bijuga. Uniquement utilisée pour la transcription des textes sacrés du Coran et comme support du sorabe, le papier antemoro,  comme le papyrus égyptien,  défie le temps. Dans ces manuscrits sacrés, on  trouve les Volan’Onjatsy (paroles des onjatsy ) comportant des prières, des analyses astrologiques et astronomiques et des formules magiques pour lutter contre les maladies. Ils sont religieusement conservés sur 14 soradrazana (manuscrits) dans la région de Matitanana. La matière première de ce papier est l’écorce de l’arbuste avoha ( Gnidia linearis (Leandri) notamment). Cette plante pousse  à l’état sauvage,  dans les régions de l’est et du sud-est de l’île, aux environs de Toamasina, Manakara et Taolagnaro.

De nos jours, le papier antemoro reste l’un des supports les plus utilisés pour la confection de divers produits de décoration artisanale. Citons entre autres les cartes de vœux ou de visite, les cartes postales, les papiers à lettre et les enveloppes, les albums, les cadres de miroirs ou de photos. Sans oublier  les abat-jour, les tableaux floraux, les boîtes de rangement, les sous-verres, les sacs, les corbeilles à papier, les tapisseries, les bonbonnières…  Bref, des applications infinies en fonction de la créativité de tout un chacun. La fabrication de ce papier requiert une grande quantité d’écorce d’avoha. Pour pérenniser cet art et garder son originalité, il est de notre devoir, non seulement de gérer rationnellement les espèces du genre Gnidia utilisées dans la fabrication du papier, mais aussi de protéger leur habitat. Pour que les vrais papiers antemoro ne disparaissent  jamais. Des artisans ont tenté de substituer cette plante à d’autres apparentées, mais le résultat n’était pas aussi convaincant qu’avec le seul et authentique  papier antemoro.

Récemment, des artisans marocains ont formé leurs collègues malgaches à  la technique  d’utilisation de la paille du bananier qui se marie très bien avec le papier antemoro. Suite à cette initiative,  l’Isabello Project a réuni des artisans des deux pays pour leur ouvrir des opportunités commerciales  à travers l’Afrique. L’exportation des objets d’art  en papier antemoro n’est que la juste consécration de ce support au niveau mondial.  A quand le diplôme du Prix Nobel sur  papier antemoro ?

#HansRajaonera

Photos : Missouri Botanical Garden

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