Mais où sont les fêtes d’antan ?
29 juin 2016 - Fomba commentaires   //   1360 Views   //   N°: 78

Comment se sont passées ces fêtes ? Bof ! Comme d’hab. Oui comme d’hab avec une indifférence de bon aloi en sus. La cinquante-sixième fête nationale vient de rejoindre ses homologues, attendant de se perdre dans les oubliettes de l’histoire.

Tout finit toujours dans les oubliettes, le meilleur comme le pire. On est en juillet maintenant. Le 14 juillet, jusqu’en 1960, la date de l’Indépendance, c’était la méga fête de Madagascar sous la rude férule coloniale. Les soixante ans et plus s’en rappellent encore. Ils avaient alors dix ans et ont encore la tête pleine de souvenirs émus de la belle et grande époque, comme ils le disent. Rien n’empêche de penser qu’il ne s’agit rien moins que du fait de réminiscences de la fête des fêtes sous les rois et reines. La fête du bain, elle aussi, a disparu dans les oubliettes du temps qui passe, car rien n’échappe aux ravages du temps, y compris les bons sentiments ou les peurs.

Les années ont patiné le quartier royal, elles l’ont exorcisé jour après jour du sang des condamnés. Aujourd’hui, le palais n’est plus que musée et non une Bastille, la dernière halte avant le joli petit temple grec où en contrebas du palais, tout un petit monde jacassant débattait de la vie ou de la mort des malheureux que l’on y traînait, souvent pour des broutilles. Justice publique ou justice populaire ? Rares sont ceux qui en sortent au bénéfice du doute. Sagayés, assommés, décapités ou brûlés vifs, leurs os blanchiront l’esplanade actuelle du temple mémorial d’Ambohipotsy, la colline blanche la bien nommée.

Peu osent y passer la nuit, comme peu osent descendre les centaines de marches de l’escalier qui mène au stade de Mahamasina. Toujours pour la même raison : le sang de la mort violente suinte de chaque pierre. Du haut de la falaise, des centaines de martyrs ont été jetés, simplement enveloppés dans une natte. Être chrétien, c’était nier la religion des ancêtres et commettre un crime de lèse-majesté. C’est sans doute pour cela que les souverains habitaient dans des charmants petits cottages de style britanniques et laissaient l’immense palais de granit à l’abandon.

Mais, le sacré se perd. Et, les fêtes nationales avec. La preuve ? Elles se ressemblent toutes. Les seules différences résident dans l’ampleur festive, les embouteillages et parci, par là, quelques touches de couleur locale. Mais, il ne faut pas se leurrer. Et s’attendre à une déferlante hystérie de patriotisme déchaîné. Au fil des ans, des siècles et des millénaires, les grands idéaux s’estompent, les empires disparaissent comme les espoirs, les promesses, civilisations ou la culture. « La culture est ce qui reste quand tout est oublié », énonçait magnifiquement le philosophe Alain (1868-1951). Le patriotisme se transforme en lieu commun politicien, en chauvinisme intéressé ou en nationalisme obtus quand le monde peu à peu se transmue en village global. Les références ancestrales deviennent des attrape-nigauds, des discours de propagande, et le respect pointilleux des coutumes sert à affirmer dans les mascarades des manifs officielles, des valeurs auxquelles beaucoup ne croient plus.

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