Jess Black : « C’est cool de vous voir heureux »
29 juin 2016 - Cultures Musiques commentaires   //   2270 Views   //   N°: 78

Malvoyant, Jess Black est bien décidé à marcher sur les pas des Ray Charles et Stevie Wonder. A tout juste 20 ans, il a décroché en mai les quarts de finales du concours international de rap End of the Weak. Trait dominant : un sens de l’impro proprement phénoménal. 

Sa canne et ses lunettes noires lui donnent des airs de dandy urbain, mais ne croyez pas que c’est un genre qu’il se donne. Car Fenosoa Tahianjanahary Jessy Mickael alias Jess Black est malvoyant de naissance, un handicap qui ne l’a jamais dissuadé à se faire un nom en musique. Ray Charles, Stevie Wonder, voilà des modèles qui lui parlent quand parfois le découragement le saisit. Plongé dans la musique depuis tout-petit, il maîtrise des registres musicaux aussi divers que le reggae, le sound system, le zouk love ou le rap. Mais c’est grâce à son talent de « toaster » (style vocal proche du rap apporté par les DJ de reggae) qu’il est parvenu à se constituer un public de fidèles.

Il faut dire que ses prestations sont éblouissantes d’inventivité, avec une façon bien à lui de faire groover les mots à coups de textes percutants et engagés. « Je ne veux pas tomber dans la facilité comme la plupart des rappeurs d’aujourd’hui avec leurs thèmes éculés. Je prends énormément de temps pour écrire mes textes, car je suis constamment en quête du mot juste et simple qui une fois entré dans la tête des gens n’en sortira plus. »

Jess Black manie l’improvisation avec un égal génie, ainsi qu’on a pu s’en rendre compte lors du concours international End of the Weak où il a été sélectionné comme demi-finaliste, en mai dernier. Créé aux États-Unis en 2000, ce concours de rap qui se déroule dans une quinzaine de pays met en valeur la maîtrise du texte et de l’improvisation, précisément les points forts de Jess Black. Son « Quoi qu’il en soit, c’est cool de vous voir heureux » lui a valu les suffrages du public et du jury, et ce n’est que justice car son approche du freestyle est d’une incroyable créativité. « C’était surtout un défi que je me lançais à moi-même. Je ne m’attendais pas à atteindre ce niveau. Mais c’est comme ça : dès que je suis sur scène, ma canne disparaît comme par magie et c’est comme si je parvenais à voir à travers les yeux du public. »

Originaire de Maintirano, Jess Black vit dans la capitale depuis 2013 et s’est lancé officiellement dans la musique en 2014. Comme « autrement capable » – et non « handicapé », mot qu’il déteste -, il déplore le manque de considération porté aux artistes « différents ». « On vend plus notre handicap que notre talent pour attirer le public, un peu comme des bêtes de foire. Même notre cachet n’est pas le même que celui des artistes dits normaux. J’appelle cela de la discrimination. » Mais sa bonne étoile continue à lui sourire avec bientôt la production de l’album Jess Black Song sur son label Royalty. Un artiste attachant.

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