Gtika : Retour aux sources
31 mai 2019 - Cultures commentaires   //   288 Views   //   N°: 112

Cela fait dix ans que Joelle Raoelina, de son nom de scène Gtika, a quitté Mada pour la France. Le temps du concert Rohy Mozika qui a eu lieu le 16 mars dernier au « Fatapera » à Antaninarenina, la chanteuse a pu renouer avec ses racines et réaliser un rêve qu’elle entretenait depuis longtemps.

Rohy Mozika, un rêve devenu réalité ?
Je ne réalise toujours pas que c’est vraiment arrivé ! Je tiens à remercier mon frère Noah Raoelina de m’avoir fait rencontrer des chanteurs et musiciens aussi talentueux. Ce concert s’est fait dans de très bonnes conditions. On a repris du Lauryn Hill, du James Brown, du Stevie Wonder, du Chick Corea avec Spain et le texte d’Al Jarreau, d’Esperanza Spalding, du Brown Sugar qu’on a fait à toutes les sauces. Un concert comme ça, j’en ai fait beaucoup, mais uniquement dans mes rêves les plus fous.

Pourquoi avoir choisi la musique pour t’exprimer ?
Je ne suis pas née dans une famille de musiciens. Je me suis forgée seule. J’ai essayé d’apprendre à jouer de la valiha mais j’ai arrêté au bout de deux ans. À côté, je chantais mais j’avais honte car je pensais que c’était un « truc de filles » et je m’en cachais même. Mon « coming-out » musical je l’ai fait à 15 ans et j’ai commencé à l’assumer pleinement. Aujourd’hui, je suis complètement épanouie.

La France, pays de tous les possibles ?
Cela va faire dix ans que j’ai quitté mon pays natal, dix ans où il n’y a pas eu un seul jour sans que je ne sois nostalgique de ma vie d’avant. À Mada, j’ai débuté en tant que chanteuse dans le groupe Tana Riddim Style quand j’étais ado. J’ai ensuite travaillé avec Shyn et Deenyz avec qui j’ai partagé la scène à Antsahamanitra lors du R’n’B Show en 2009. Toutefois, c’est sur les bancs de la fac en France que j’ai décidé de prendre mon courage à deux mains et de passer les auditions au conservatoire d’Avignon. Parallèlement, j’ai rejoint le projet We Malagasy et Dagosy Mouv à Paris, ce qui m’a permis de rencontrer Rain Dago de Menalamba dont je fais toujours partie. En 2013, les rencontres que j’ai faites au conservatoire ont abouti à la création du groupe Kukutwa Quartet dont je suis toujours membre. Je participe aussi ponctuellement à des projets comme le Big Band Jazz du conservatoire, un groupe jazz vocal acapella avec Fiona Ait Bounout ou encore mon trio guitare-piano-basse avec les Blues en Parade.

R’n’B, jazz, blues, tu brasses large…
Le fait que je me sois tournée vers le jazz, la soul et le funk est, selon moi, culturel avant tout. Je suis très sensible à l’histoire de la musique afro-américaine, à l’histoire du peuple africain, au gospel, au blues… Néanmoins, j’ai enlevé toutes les barrières qui pourraient définir le genre de musique que je fais ou que je serai amenée à faire à l’avenir. Ma musique est juste en accord avec moi-même : libre. D’où le slogan de mon association « Soul Mineur, un accord avec la liberté ». Il en est de même pour mes textes. J’ai trop de choses à dire, je n’ai pas de fil conducteur dans ma tête. J’aborde les thèmes comme ils viennent, toujours avec cette notion de liberté.

Tes projets ?
Pour le moment, je me concentre sur la création d’une petite structure prévue pour septembre prochain et je dégage un peu plus de temps pour la composition. Je ne me projette pas sur le long terme. Étape par étape j’essaye de concrétiser des projets puis en cours de route, j’improvise.

Propos recueillis par #MioraRandriamboavonjy

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