Claude Henri Ralijaona : « La filière piscicole est sous-exploitée »
17 mai 2019 - Éco commentaires   //   653 Views   //   N°: 112

Filière prometteuse, la pisciculture est pourtant sousexploitée. État des lieux avec Claude Henri Ralijaona, coordinateur technique du projet Aropa (Appui au renforcement des organisations professionnelles et aux services agricoles).

La production de poisson n’arrive pas à satisfaire la demande. Pour quelles raisons ?
Madagascar possède un potentiel piscicole intéressant avec son climat chaud et la disponibilité en eau. Les contraintes résident dans l’accès aux matériels de production, à l’organisation inadéquate entre les producteurs et certainement au manque d’organisation de la filière. L’élevage de poissons est de loin le plus rentable par rapport aux autres types d’élevage. Notre objectif est de faire comprendre aux paysans la dimension économique de cette activité pour qu’ils puissent améliorer leurs revenus et logiquement, améliorer la production.

« Les poissons contribuent de manière significative à l’augmentation des revenus des ménages. »

Peu de données statistiques fiables sont disponibles ?
En effet, nous n’avons pas de chiffres exacts sur la filière comme le stock de poissons. Cela nous freine dans la compréhension du marché. Pourtant, cela est utile pour gérer l’exploitation afin d’éviter la surexploitation comme c’est le cas avec la filière crabe.

Concrètement, quelles sont les mesures prises ?
Le projet a contribué à la professionnalisation de six organisations régionales de pisciculteurs (OPR), regroupant 7 455 ménages. Des 348 organisations des producteurs de base (OPB) membres de ces OPR, 43 sont producteurs d’alevins. L’appui d’Aropa consiste à la structuration et au renforcement des organisations des pisciculteurs en termes de gouvernance, d’autonomie, d’accès aux marchés et à la capacité de l’organisation à fournir des services aux membres. À cela s’ajoute la dotation de matériels de production, des formations et l’appui à la commercialisation.

Après la mise en place du projet, quels sont les résultats obtenus ?
Parmi les impacts attendus du projet sont l’augmentation conséquente des revenus et l’amélioration des conditions de vie de 75 000 ménages ou exploitants agricoles familiaux, vulnérables dans cinq régions d’intervention notamment Amoron’i Mania, Haute-Matsiatra, Ihorombe, Anosy et Androy. Le projet a démarré en 2009 et sera clôturé au mois de septembre 2019. La restitution de la mission d’achèvement tenue le 4 avril dernier a montré que les objectifs ont été atteints et la plupart des résultats attendus ont été dépassés. Le revenu moyen annuel a par exemple atteint 4,5 millions Ar contre une valeur-cible de 3,17 millions Ar. Les poissons ont contribué de manière significative à cette augmentation des revenus des ménages.

Une filière plus que rentable…
Le projet ciblait les ménages les plus vulnérables. Dans les régions Amoron’i Mania et Haute-Matsiatra, certains ne possèdent que 25 ares de rizière. Selon l’étude sur la productivité des filières agricoles que nous avons réalisée, la valeur ajoutée brute moyenne avec la riziculture est de l’ordre de 300 000 Ar ; tandis qu’avec la rizipisciculture cette valeur ajoutée brute moyenne est de 1,3 million Ar. Compte tenu de ces différences, les plus hardis n’hésitent pas à franchir le Rubicon : transformer leur rizière en étang piscicole.

La même étude a en effet estimé que la valeur ajoutée brute moyenne de la pisciculture, ramenée à un étang de 25 ares, est de 5 millions Ar contre 1 million Ar pour l’oignon, à titre de comparaison.

La rizipisciculture, une technique qui tend à se développer ?
C’est une technique qui existe depuis longtemps mais peu de paysans le connaissent. À Madagascar, on parle toujours de l’eau et du riz. Or, on peut également fusionner le riz et les poissons. Les déjections de poissons aident à faire pousser le riz. La rizipisciculture permet d’assurer le renforcement de la sécurité alimentaire. Le poisson est peu touché par les maladies et nous savons que c’est une source importante de protéines.

Pour le développement de cette filière, il faut assurer la production d’alevins…
La production de proximité d’alevins est très importante pour le développement de la filière piscicole pour assurer sans faille l’approvisionnement des « grossisseurs » de poissons. Un jeune producteur d’alevin a d’ailleurs vu sa vie complètement transformée avec la recette de ses ventes d’alevins de l’ordre de 43 millions Ar pour 150 000 alevins. La production d’alevins des partenairesbénéficiaires d’Aropa est passée de 1 million d’unités en 2013 à plus de 7 millions d’unités en 2018. La production de poisson est de 2 000 tonnes en 2018.

Le tilapia et la carpe représentent 90 % de la production piscicole. Mais ces espèces de poissons rencontrent des problèmes de taille ?
D’après nos analyses sur l’étude piscicole dans les régions où nous travaillons, nous avons remarqué par exemple que le tilapia n’arrivait plus à atteindre une taille normale. Nous avons conclu à un problème de consanguinité, car aucune autre espèce n’a été introduite depuis. Pour y remédier, nous avons établi un accord avec les Japonais et le ministère de la Pêche pour ramener des poissons de Mahajanga vers Ambositra, Ihorombe et Haute-Matsiatra. Il y a également la contribution des producteurs d’alevins qui ramènent des poissons de l’Alaotra ou de Marovoay.

L’implication responsable des producteurs/éleveurs entre aussi en jeu ?
Dans les grandes sociétés, on parle de responsabilité sociétale de l’entreprise. Par exemple, des associations partenaires et bénéficiaires de l’Aropa dans la région Haute Matsiatra s’obligent à jeter 200 000 poissons par an dans les rivières. Les habitants aux alentours qui ne peuvent pas s’adonner aux activités piscicoles peuvent pêcher et consommer du poisson. C’est aussi une solution pour éviter les vols de poissons. Il faut aussi mettre en place les techniques de conservation des poissons car c’est un produit périssable.

Contact
Claude Henri Ralijaona : 034 01 907 40

Propos recueillis par #AinaZoRaberanto

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