Cap à l’ouest !
8 avril 2019 - À lire Cultures Lire Livre du mois Livres commentaires   //   336 Views   //   N°: 111

Le titre de ce livre, qu’un ami nous a glissé sous le nez en lui tressant des louanges, est énigmatique : Sarimanok. Et le nom de l’auteur, Bob Hobman, ne nous évoquait rien. Heureusement, le sous-titre de la couverture, illustrée par la photo d’un bateau, ouvre une piste et justifie qu’on emprunte l’ouvrage pour une lecture approfondie : De Bali à Madagascar. Dans le sillage des marins de la préhistoire. Nous y voilà, sur cet axe est-ouest suivi, il y a des milliers d’années, par des marins peut-être pas vraiment préhistoriques mais quand même très en avance sur leur temps : ils avaient, dans ce Sud-Est asiatique (où l’oiseau sarimanok porte bonheur), une connaissance de la navigation, des courants et des vents qui les portèrent jusqu’à… Madagascar !

Fasciné par cette aventure lointaine, Bob Hobman a voulu la reconstituer en 1985. Aucun architecte naval n’avait bien entendu laissé les plans des embarcations qui avaient été utilisées dans cette grande traversée, aucune carte n’existait.

Il a fallu se baser sur des documents épars, recouper les informations et imaginer un catamaran construit uniquement en matières organiques susceptible de transporter une dizaine de personnes, tout l’équipage prévu, avec leurs provisions, de Bali à Madagascar.

L’entreprise paraît parfois tenir de la folie furieuse. La liste des obstacles rencontrés dès la conception du bateau a de quoi rendre insomniaque un très bon dormeur. Un voyage préparé sous des auspices si peu favorables avait toutes les chances de se transformer en épreuve douloureuse.

Douleurs il y eut, et même mort d’homme, sur une embarcation plusieurs fois démantibulée, dirigée selon des approximations hardies. Les moments de découragement n’ont pas manqué dès avant les deux mois passés à bord, en compagnie des tempêtes et des vagues puissantes, quand les bambous des flotteurs prenaient l’eau, quand les voiles se déchiraient, quand les hommes (et une femme) souffraient d’épuisement.

Contre toute attente (sauf si on connaissait l’histoire, auquel cas la fin n’a rien d’imprévu), après 4 000 milles, Madagascar est en vue, et même précisément Diego-Suarez que visait la trajectoire établie pour ce projet. Sinon que le mauvais temps interdit l’entrée dans la baie et qu’il faut poursuivre jusqu’à Mayotte avec l’aide d’un remorqueur français, réparer et ensuite seulement revenir vers Madagascar pour atterrir à Nosy Be. Où un hôtel porte aujourd’hui le nom du catamaran à l’ancienne dont la maquette est un des fleurons du musée du CNRO (Centre national de recherches océanographiques).

Pour lire ce livre sur les pas des premiers « colons » de Madagascar, il vaut mieux ne pas souffrir du mal de mer. À moins d’arriver à l’oublier grâce à l’exaltation du récit qui perce entre les moments plus difficiles.

Bob Hobman. Sarimanok (Grasset, 1989)

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