Andriamanarivo Rabearivelo : « Le poulet de chair encore trop absent de nos tables »
11 avril 2019 - Éco commentaires   //   153 Views   //   N°: 111

Avec une croissance de 10% au cours de ses cinq dernières années, l’élevage avicole fait partie des filières les mieux structurées. Cependant, un grand problème reste à résoudre, celui de la consommation qui reste faible. Andriamanarivo Rabearivelo, président du Conseil d’Administration du Malagasy professionnels de l’élevage (MPE) nous fait un tour d’horizon.

Comment se porte la filière avicole ?
Elle est en plein essor ces dernières années. Le cheptel national ne cesse d’augmenter ; il en est de même pour le nombre d’unités de production de provendes et d’éleveurs. Cependant, la consommation en produits d’élevage avicole reste relativement faible. Les principales raisons sont les suivantes : la faiblesse du pouvoir d’achat des ménages, conséquence de la dépréciation continue de l’ariary et le coût de production très élevé. En effet, la fluctuation du prix du maïs, principale matière première des provendes, est trop importante, pouvant aller jusqu’à 2 000 ariary pendant les périodes de soudure. Pour autant, la filière présente des potentiels importants pour un pays en développement comme Madagascar. Les demandes des marchés tant au niveau national qu’international sont loin d’être satisfaits.

Le Malgache n’est donc pas un gros mangeur de poulet…
La consommation en produits d’élevage reste relativement faible à Madagascar, comparée aux autres pays de l’océan Indien et d’Afrique. À titre d’exemple, les Malgaches ne consomment que 20 oeufs par habitant et par an et 2,37 kg de viande de poulet de chair par an et par habitant. Pour pallier ce problème, la MPE, en collaboration avec les autres acteurs de la filière, projette de faire une campagne de sensibilisation de masse avant, pendant et après la Foire de l’élevage des productions animales (Fepa) 2019 pour inciter la population à consommer davantage de produits avicoles.

Quelles sont les mesures prises pour mieux structurer la filière ?
La MPE est convaincue que la structuration de la filière dépend principalement du niveau de professionnalisation de ses acteurs. Elle a toujours essayé de sensibiliser les parties prenantes de la filière à respecter le principe de « à chaque maillon ses activités » afin d’éviter la concurrence déloyale, la perturbation et la désorganisation du marché.

Qui sont les partenaires de la MPE pour atteindre ses objectifs ?
La MPE travaille avec tous les acteurs, étatiques et privés, oeuvrant dans le domaine du développement des filières d’élevage à Madagascar. Ce type de partenariat vise avant tout à améliorer l’environnement des filières dans notre pays. Il concerne, entre autres, la mise en place de fermes vitrines dans le cadre de l’amélioration des formations dispensées par la MPE, la dotation en matériels pour le développement de son Centre d’insémination artificielle porcine, l’appui à la promotion des filières d’élevage à Madagascar à travers l’organisation de la Fepa, la mise en relation des parties prenantes au niveau des différents maillons des filières. Dans le but de capitaliser ses acquis et expertises découlant de ses 24 années d’existence, la MPE rend également des services au bénéfice de certains volets des projets et programmes de développement à Madagascar.

La MPE en bref

La Malagasy professionnels de l’élevage (MPE) est la seule association interprofessionnelle des filières d’élevage à cycle court à Madagascar. Elle regroupe en effet des éleveurs, individuels ou des organisations professionnelles d’éleveurs, des opérateurs en amont (importateurs, fournisseurs d’intrants et matériels d’élevage…) et en aval des filières (preneurs et transformateurs des produits d’élevage). La MPE a pour mission de promouvoir et de développer les filières d’élevage à Madagascar. Elle contribue significativement à la vulgarisation des techniques et matériels améliorés au bénéfice des éleveurs, au renforcement des capacités de ces derniers sur les plans techniques, de gestion et organisationnel. La MPE joue également un rôle syndical pour défendre les intérêts des filières et de ses acteurs.

Malgré l’absence de chiffres, peut-on dire que la filière est rentable ?
L’élevage avicole est dans la plupart des cas pratiqué par des éleveurs individuels. Certains éleveurs sont regroupés dans des organisations professionnelles du type associations ou coopératives. Le nombre de sociétés d’élevage avicole reste encore très faible. Un des principaux problèmes de la filière est l’absence de statistiques mises à jour. Les derniers chiffres sur les filières datent de 2004 avec 4 200 000 de têtes de poules pondeuses, 29 640 000 de poulets de chair et 22 500 000 de poulets de race locale. Ces trois filières génèrent un chiffre d’affaires global de plus de 425 millions de dollars américains.

Quelles différences faites-vous entre aviculture « moderne » et « traditionnelle » ?
On entend par « aviculture moderne », l’élevage de poules pondeuses et de poulets de chair.

Ils se caractérisent par l’utilisation d’animaux de souches commerciales performantes, de provendes complètes et du respect des normes de biosécurité telles les vaccinations, la vermifugation… Les animaux sont élevés dans des bâtiments respectant les normes requises et utilisant des matériels et accessoires d’élevage améliorés. Par contre, l’élevage de poulets de race locale est encore considéré comme une aviculture « traditionnelle ». Il se caractérise par l’utilisation d’animaux de race locale, l’absence de bâtiments d’élevage spécifique, l’utilisation de compléments alimentaires, et le non respect des normes de prévention des maladies.

Quelles sont les régions concernées ?
L’élevage de poulets de chair s’est considérablement développé à partir de 1993 avec 85 % de la production concentrée dans la Région d’Analamanga, tandis que 75% de l’élevage de poules pondeuses se trouvent dans la Région d’Analamanga. Par contre, l’élevage de poulets gasy est plus ou moins réparti dans tout le territoire de la Grande Île. Les prix des produits avicoles fluctuent beaucoup durant une année. En effet, les pics sont atteints durant les périodes de fêtes.

Propos recueillis par #AinaZoRaberanto

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