Derrière les vidéos de Willynay et ses 600 000 abonnés sur Facebook se cache un créateur plutôt carré, adepte des scénarios écrits au propre. Son terrain de jeu, c'est le quotidien malgache — transformé en contenu avec juste ce qu'il faut d'absurde. Et tout a commencé avec un téléphone, une idée et un peu de confinement.
« Derrière la caméra, je ne suis vraiment pas drôle et je ne sais pas faire rire », lâche Willynay. Ironique, forcément. Celui qui génère des milliers de réactions ne laisse rien au hasard — chaque vidéo commence par un synopsis, puis viennent les personnages, les décors, et seulement après le tournage.

Pas question de laisser l'inspiration conduire sans permis. Son histoire commence bien avant les algorithmes. En 2014, encore lycéen, il passe ses vacances à Tuléar chez son frère journaliste. Studio, montage, émissions — le virus est attrapé. Il expérimente, filme, grave ses premières vidéos sur CD. En 2019, pendant le confinement, il lance sa page Facebook avec une idée cinématographique — des courts-métrages à suspense. Presque personne ne regarde. « J'ai compris que les gens allaient sur Facebook pour se changer les idées et regarder des choses qui faisaient rire. » Changement de cap radical.
Il puise alors dans le quotidien — la vie étudiante, les scènes de rue, les situations absurdes — et y ajoute sa recette personnelle. Deux formats deviennent progressivement sa signature : les courts-métrages scénarisés et les podcasts, notamment autour de la vie universitaire. Une vidéo mettant en scène des voleurs atteint près de 200 000 réactions et 5 000 partages.
« On imagine la scène, on ajoute de l'absurdité et un peu d'actualité », explique-t-il avec ce sérieux qui lui est propre. Deux heures de tournage, un montage rapide — et parfois, le soir même, le public est déjà au rendez-vous. Il tourne à Fianarantsoa avec une petite équipe et un simple téléphone Sony, son outil de départ. Facebook reste son canal principal, YouTube complète le dispositif, TikTok ouvre un terrain plus récent.
Entre deux vidéos, Willynay est aussi fonctionnaire — ce qui explique un rythme de publication d'environ une vidéo par mois. La création de contenu reste une activité parallèle, mais rentable grâce aux placements de produits. Aujourd'hui installé à Antananarivo, il veut franchir un cap — studio, équipe de production et plus de régularité dans la publication. Sa recette, elle, ne bougera pas. « Je partage des choses que j'ai réellement vécues et j'y ajoute ma touche humoristique. » Finalement, Willynay a peut-être trouvé le meilleur scénario possible — raconter sa propre vie, sans jamais oublier d'en rire.
Lucas Rahajaniaina
Page : Willynay
Photos : Andry Randrianarisoa