Landy Miary Andrianaivosoa « Les violences sont normalisées au sein de la communauté »
16 mars 2023 // In & Out // 2546 vues // Nc : 158

Selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), plus de 800 millions de femmes subissent des violences dans le monde. A Madagascar, 30 % des femmes ont subi au moins une forme de violence. Une des principales raisons de ce fléau, ce sont les inégalités entre hommes et femmes, la culture du silence et la normalisation de la violence dans la société malgache comme l’explique Landy Miary Andrianaivosoa, consultante spécialisée dans les questions du genre et des violences basées sur le genre.

« Si les besoins et contraintes des femmes ne sont pas considérés, le potentiel et le talent de plus de la moitié de la population sont gaspillés. »

La question du genre, un sujet qui vous préoccupe ?
L’égalité femme-homme me tient à cœur depuis très longtemps. Depuis petite, je me suis rendu compte des inégalités évidentes entre les hommes et les femmes et que ces inégalités sont souvent imposées par notre communauté car j’ai moi-même été victime de cela. Par exemple, les tâches ménagères sont souvent assignées aux femmes tandis que le principal rôle des hommes est de pourvoir aux besoins de la famille. On apprend aux filles dès leur plus jeune âge que leur objectif ultime dans la vie est le mariage et on n’inculque pas cela aux garçons. Ainsi, on ne se focalise pas assez sur les ambitions, les objectifs que les filles peuvent avoir. A cause des inégalités, les femmes ont moins accès aux ressources et opportunités telles que l’éducation, la nutrition, comparé aux hommes. Plusieurs recherches ont aussi conclu que les Violences basées sur le Genre (VBG) sont les résultats directs et/ou indirects des relations inégalitaires entre les hommes et les femmes dans la communauté́ et il faut admettre cela pour pouvoir lutter efficacement contre ce fléau.

Justement, les pratiques culturelles en sont les principales causes ?
Les femmes et les filles dans tout Madagascar sont constamment exposées à toute forme de violence,  que ce soit physique, sexuelle ou même psychologique. Les recherches montrent que plus de 30% des femmes dans tout Madagascar ont subi au moins une forme de violence au cours de leur vie. Toutes les femmes/filles, peu importe leur statut social, leur niveau d’éducation, leur âge sont susceptibles d’être victimes de violence à Madagascar. Il existe aussi beaucoup de pratiques traditionnelles dans toutes les régions de Madagascar qui exposent les femmes et les filles aux violences. Les filles sont souvent « encouragées » ou forcées à se marier très tôt et le non-respect de ces « fomba » conduit à la honte de la famille et l'exclusion sociale. Madagascar est l’un des pays ayant le taux de mariage des enfants des plus élevés au monde.

Comment ces violences sont-elles perçues dans la société ?
Les violences sont normalisées au sein de la communauté. Les études montrent que les femmes et les hommes croient encore qu’il est justifié qu’un mari inflige des violences à sa femme pour avoir négligé les enfants, pour être sortie sans lui dire ou même pour avoir brûlé la nourriture. Les victimes de violences sont souvent accusées d’être les initiatrices ou les responsables des violences.  Les gens disent : « Ny Vy tsy mikitrana irery », « Tokatrano fihafiana » et « ny tokatrano tsy ahahaka » pour faire taire les femmes face aux violences au sein de leur ménage, d’un autre côté, on dit aux hommes, « hanambadian- kiadanana ». 

Des victimes passées sous silence…
La culture du silence, et la préservation du Fihavanana aggravent les violences car les victimes et son entourage n’osent pas dénoncer les violences. A cause de cela, les violences comme le viol et l’inceste restent impunies et c’est comme si toute la communauté devenait complice des violences car elle défend souvent les auteurs au lieu de protéger les victimes.  Les services de prise en charge des VBG sont plus complets dans les grandes villes et sont quasi-inexistants en milieu rural et dans les zones plus reculées. Ainsi, l’entourage des victimes et les autorités locales préfèrent souvent des « arrangements » avec les auteurs où ces derniers offrent une compensation financière à titre de réparation et puis le dossier est clos. C’est triste mais souvent les victimes n’ont pas le choix et sont contraintes à vivre avec leur traumatisme.

A partir des données des études dans ce domaine, quelles devraient-être les mesures à prendre pour lutter contre les violences ?
Je pense qu’il est prioritaire de faire plus d’efforts dans la prévention des violences à travers l’éducation de la population, dont les hommes, en mettant un accent plus prononcé sur l’égalité des sexes et les stéréotypes de genre qui sont la source des violences. Les sensibilisations et les activités sur la promotion de la masculinité positive par exemple, font partie des meilleures pratiques dans ce domaine. Nous devrons aussi nous focaliser sur la sensibilisation sur les droits humains afin de promouvoir l’égalité homme-femme ; car les droits de la femme ne sont nuls autres que les droits humains. Il faut aussi que la population connaisse leurs droits, donc il faut vulgariser les lois et les procédures à suivre en cas de violence. 

Les réseaux sociaux peuvent jouer un rôle important ?
Ces derniers temps, on peut voir partout sur les réseaux sociaux, des cas de viols et les victimes sont de plus en plus jeunes. C’est très grave, mais grâce aux réseaux sociaux, de plus en plus de cas de violences sont reportées et cela permet d’alerter et conscientiser la population sur ce fléau. Il faudrait aussi mettre en lumière les autres formes de violence comme le harcèlement sexuel dans le cadre du travail, dans les rues, car elles sont souvent minimisées à Madagascar. Malgré les avancées dans l’élaboration des lois et politiques visant à lutter contre les VBG depuis ces dernières années, plus d’efforts devraient être déployés pour améliorer le système de prise en charge des victimes de violence dans toutes les régions de Madagascar surtout dans les zones reculées où les victimes sont souvent livrées à elles-mêmes face aux violences.

Justement, votre bureau d’étude Search contribue à trouver des solutions ?
Je travaille en tant que consultante depuis 2016. Mes domaines d’expertise sont l’égalité Femme-Homme et les violences basées sur le genre. En 2021, j’ai créé Search, un cabinet d’étude qui offre des solutions aux organisations gouvernementaux et non-gouvernementaux dans l’élaboration de stratégies permettant de mieux considérer les besoins et opportunités des femmes dans tous les domaines du développement. Nous avons travaillé dans l’élaboration de politiques nationales pour promouvoir l’égalité des sexes. A part la lutte contre les VBG, nous nous concentrons de plus en plus dans l’intégration des femmes et des jeunes dans divers domaines tels que l’agriculture, l’environnement, la santé… Mon objectif principal est donc de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des femmes, des filles et des populations vulnérables pour qu’elles /ils participent activement dans le développement socio-économique. Je crois fermement que si les besoins et contraintes des femmes et des populations vulnérables ne sont pas considérés, le potentiel et le talent de plus de la moitié de la population sont gaspillés. Il s’agit de se traiter les uns les autres de manière égale et d’avoir des chances égales en fonction des capacités personnelles et pas en fonction de son sexe ou genre.

Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

Laisser un commentaire
no comment
no comment - CAN 2027 — Le Bareashow en direct sur Canal+

Lire

23 septembre 2026

CAN 2027 — Le Bareashow en direct sur Canal+

Ce mardi 22 septembre, au siège de Canal+ à Galaxy Andraharo, la convention entre Canal+ et la Fédération Malgache de Football a été officiellement si...

Edito
no comment - Fin de saison

Lire le magazine

Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

No comment Tv

Interview - Ravo Raboanarison - Août 2026 - NC 199

Découvrez Ravo Raboanarison, violoniste, dans le no comment® NC 200 – septembre 2026
La scène du classique et du jazz connaît Ravo Raboanarison — notamment pour avoir tenu le premier violon au sein du Quatuor & Squad. Mais depuis quelques temps, cet archet-là ne se laisse plus enfermer dans un seul registre. Vingt-trois ans de pratique, et une conviction qui s'est imposée progressivement : le violon peut aller bien au-delà du classique.

Focus

Jazz@Tohatohabato

15e édition du festival Jazz@Tohatohabato, à Antananarivo du 5 au 9 août dernier
© Jazz@Tohatohabato

no comment - Jazz@Tohatohabato

Voir