Koloina Andriamanantsoa « Il manque une industrie à notre cinéma »
4 septembre 2021 // Cinéma // 5262 vues // Nc : 140

Elle a remporté le « Zébu d’Or » dans la catégorie documentaire aux 15èmes Rencontres du Film Court (RFC) en novembre 2020 grâce à son film « ConfidentiElles. » En juillet dernier, elle a été la première réalisatrice malgache à présenter son travail au Festival de Cannes.

Représentée Madagascar au 74ème Festival de Cannes, c’était inattendue ?
C’était une grosse surprise. J’ai reçu un mail au début du mois de mai pour me l’annoncer. On m’a précisé que le Pavillon africain, l’organisation africaine présente à Cannes, avait sélectionné plusieurs réalisateurs de toute l’Afrique pour y être invités. Leur comité de sélection a fait appel à plusieurs directeurs de festival pour les films. Le directeur des RFC qui était en étroite collaboration avec l’organisation a voulu donner plus de visibilité à ceux qui ont gagné le Zébu d’Or.

Comment se vit le Festival de l’intérieur ?
C’est une réelle consécration pour tout cinéaste qui se respecte. C’était magique tout en étant mouvementé ! Entre, les ateliers et les rencontres, on court partout. Cannes, ce n’est pas que le tapis rouge et le côté glamour, il y a autre chose derrière les portes du palais. Ce sont des milliers de mètres carrés de stands, de petits salons où les cinéastes du monde entier parlent et se laissent découvrir.

Comment le public a perçu ton film ?
Contrairement à ce que j’ai entendu, le film était dans le marché du film spécial Cannes mais n’a pas été projeté dans une des salles du festival. Seuls les professionnels du cinéma, membre de ce marché, pouvait y accéder et mon film faisait partie de 793 autres films. Je n’ai pas eu de véritables retours, pour le moment .

Dans « ConfidentiElles »,  il y a « Elles »…
L’idée de réaliser ce film est venue suite à la création du mouvement Embrace Yourself que j’avais créé sur Facebook. Une page axée sur l’acceptation de soi et le refus de continuer à vivre sous les diktats et la pression sociale. Les femmes sont les premières à subir ce genre de pression. De plus, dans notre culture, nous ne sommes pas censées prendre la parole ou nous exprimer sur nos maux. Le choix des participantes s’est fait naturellement, je pense. Des amies, des inconnues, des relations suggérées par les amis… Au départ, elles devaient être 22 mais ce sont six femmes au final qui font porter leurs voix.

Le public vous a connu grâce à la série « Lova » où vous jouiez le personnage principal. Vous sentez-vous encore actrice ?
J’ai toujours voulu être dans le milieu du cinéma et j’ai sauté sur l’occasion quand Ludovic Randriamanantsoa, le scénariste de la série, m’a demandé si cela m’intéressait. J’avais une totale confiance en l’équipe. Je ne peux pas choisir entre actrice ou réalisatrice. Ce sont deux choses tout aussi épanouissantes, chacune à leur manière ! Être une femme de cinéma, je ne dirais pas que c’est difficile. C’est en tout cas un bon moyen de sensibiliser les gens sur la place des femmes dans notre société.

Comment voyez-vous l’avenir du cinéma malgache ?
Nous avons beaucoup de gens qui ont du talent et qui ne demandent qu’à le montrer. Je pense que nous devons sortir du cliché « tropical » des lémuriens et faire plus de films qui parlent de nous. Nous sommes un peuple qui n’a pratiquement pas d’éducation cinématographique, qui ne sait toujours pas différencier un film d’un téléfilm. Notre cinéma n’est pas reconnu à l’international car nous n’avons pas d’industrie pour le porter, voilà pourquoi nos films sont si peu vus à l’extérieur.

Après Cannes ?
C’est cette voie que je vais suivre. Je travaille sur un petit projet de fiction et sur un autre documentaire, mais celui-là sera plus sur le long terme. À Cannes, les pionniers du cinéma africain m’ont conseillée de continuer dans le court-métrage étant donné que je ne suis qu’au début de ma carrière..


Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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