Parabole Madagascar : Ecran mis en veille
21 décembre 2025 // In & Out // 1832 vues // Nc : 191

Parabole Madagascar coupe brièvement le son — disent-ils. Une « mise en veille » sans date de réveil, après vingt-cinq ans de service, qui secoue utilisateurs et distributeurs. De quoi rappeler qu’en audiovisuel, même les pionniers ne sont jamais à l’abri d’un hors-champ.

Avec le temps, on en vient à penser que certaines institutions sont éternelles. Parabole Madagascar était de celles-là. Pendant un quart de siècle, la société a offert la télévision par satellite à la population malgache, lui proposant le monde à portée de zap — chaînes locales, africaines, internationales, il n’y avait que l’embarras du choix. Et puis, le 20 octobre, la nouvelle est tombée « À compter du 31 octobre 2025, toutes les opérations seront suspendues », peut-on lire dans le communiqué de presse. Pas fermée, mais suspendue, temporairement. Mise en veille administrative, écrivent-ils. Un arrêt sans date de retour qui a provoqué, dès le lendemain, un véritable émoi chez les utilisateurs et les revendeurs.

Car les mots « mise en veille » ont ceci de particulier : ils rassurent et inquiètent à la fois. Parabole précise qu’il ne s’agit pas d’un arrêt définitif, mais d’un temps de « réorganisation interne », afin de s’adapter aux mutations technologiques et aux nouvelles réalités économiques du secteur audiovisuel. Pourtant, l’absence de communication sur les raisons profondes nourrit les spéculations.

On le sait : le paysage audiovisuel, chamboulé par les plateformes de streaming, le haut débit, la télévision connectée, n’a plus grand-chose à voir avec celui des années 2000. Mais cette transformation, pour beaucoup, n’explique pas tout. Un moyen, peut-être, de se réinventer pour mieux revenir. Ou, comme dans ces feuilletons qu’elle diffusait autrefois, un cliffhanger inattendu, suspendu entre inquiétude et espoir. En attendant, les écrans s’apprêtent à noircir… et le silence à peser lourd sur une histoire qui, espérons-le, n’a pas encore livré son dernier épisode.

Rova Andriantsileferintsoa

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Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

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