Une première mondiale. La compagnie maritime militante Windcoop équipera bientôt la grande île de porte-conteneurs à voile la reliant à Marseille. Une technologie qui marque une révolution dans le transport maritime au niveau national et surtout international, la construction du premier bateau baptisé « Miaraka » a démarré en décembre dernier.


C'est un chantier qui commence, qui durera 18 mois, et qui sera livré en mai 2027, pour ensuite passer à l'eau pour un test. Revenir aux voiles et s'engager à réduire l'empreinte carbone laissée par le transport maritime actuel, c'est le défi plutôt inédit lancé par Windcoop. Cette coopérative initiée par les trois entreprises Zéphyr et Borée, Enercoop et Arcadie en 2022 saisit les enjeux de ce milieu qui représente alors 90 pour cent du commerce mondial et trois pour cent des émissions de CO₂. Bérénice Schleret, responsable communication de la compagnie, affirme : « On pense que la solution d'avenir est de remettre les voiles sur les bateaux et de décarboner cette activité polluante. » Né d'une constatation sur l'impact environnemental mais également les conditions de travail humaines du transport maritime, ce retour aux voiles est le pari écologique et éthique du milieu.
Le porte-conteneurs « Miaraka », de 90 mètres de long, est conçu avec une « implantation asymétrique des voiles », selon la compagnie. Des cargos conçus par Computed Wing Sail avec trois voiles rigides de 1050 mètres carrés. « Elles ressemblent à des ailes d'avion posées sur un bateau qui montrent une performance assez impressionnante. On estime qu'on arrivera à utiliser les voiles 60 pour cent du temps, et le moteur pour les 40 pour cent restants. » Capable de porter 2500 tonnes de marchandises et 10 à 12 marins, il s'inscrit au pavillon français, permettant une garantie de salaires justes pour ses travailleurs. Contrairement aux porte-conteneurs habituels, celui à voile assure l'absence de transbordement, une ligne directe mais à vitesse réduite, soit de 9 nœuds, au lieu des 15 nœuds du conventionnel. « C'est une volonté. On a derrière une logique de slow shipping, nous ne cherchons pas la vitesse, mais on reste compétitifs par rapport aux autres acteurs puisqu'on fait le choix de la ligne directe sans transbordement. » À voile, peut-être est-ce plus long, mais en ligne directe, le transit se fait en 30 jours environ contre 60 jours pour le normal.
La voile réduit les émissions de CO₂ de 60 pour cent par rapport aux autres navires, et pour Madagascar, il apporte son plus, de l'exportation de productions et denrées locales comme la vanille, le cacao ou l'huile essentielle à l'importation de produits textiles, paramédicaux ou de la verrerie. Parmi les 45 chargeurs en collaboration avec Windcoop, l'on y retrouve déjà Arcadie, pour les épices, Valrhona pour le chocolat ou Prova pour les extraits de vanille, mais aussi d'autres comme Sahanala, Menakao ou Floribis. La compagnie approche les ports de Toamasina, d'Antsiranana et de Mahajanga, « des ports secondaires souvent ignorés par les grandes compagnies maritimes ». La responsable communication espère, après les tests, « réussir à montrer aux autres compagnies maritimes qu'eux aussi peuvent, demain, transformer leur flotte et mettre des voiles sur leur bateau. » Cette première goutte dans l'océan est la première étape vers un commerce maritime durable et humain, encore faut-il voir, en 2027, le résultat, une fois que Miaraka sera jeté à l'eau.
Rova Andriantsileferintsoa
Contact : www.wind.coop