Harilala Ranjatohery : L’Oncle frappe encore
4 janvier 2026 // Littérature // 271 vues // Nc : 192

Trois livres, trois respirations littéraires, un même regard lucide sur la société malgache. Harilala Ranjatohery, écrivain, historien, académicien et membre de l’Académie malgache, signe la parution simultanée de Itadiavam-bady i Dadatoa, Julie Marie et Tandindona. Présentés en octobre dernier à la Bibliothèque nationale d’Anosy, ces ouvrages, édités à compte d’auteur après de longues années de maturation, dessinent un triptyque intime, social et politique, nourri par l’observation du réel.

Itadiavam-bady i Dadatoa (trouver une femme à l’Oncle), est un recueil de nouvelles qui rassemble vingt textes sur 444 pages. Écrit sur la durée — les premières nouvelles remontent à 1983, enrichies à partir de 2017 — l’ouvrage puise dans les fragments de vies croisées par l’auteur, y compris la sienne. Harilala Ranjatohery y propose une analyse fine de la société malgache, oscillant entre humour, drame et parfois même l’effroi. « Chaque humain a besoin de quelque chose auquel se tenir. Les créations littéraires viennent souvent des souvenirs et de la vision de ce qu’il y a autour », confie-t-il. La presse locale voit en cet ouvrage « une réflexion profonde sur la société malgache et ses aspirations à un avenir meilleur ».

Publié initialement en 1997, Julie Marie est, lui, un roman aujourd’hui réimprimé. Il explore une histoire d’amour à contre-courant, loin de toute idéalisation romantique. Comme dans La Chute de l’abbé Mouret d’Emile Zola, ou Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, le récit met en scène l’affection troublante et douloureuse d’un serviteur de Dieu pour une prostituée. Un amour tiraillé, inconfortable, qui questionne la morale, la foi et les contradictions humaines. L’écriture, sobre et directe, laisse peu de place à l’ornement : ici, l’émotion prime sur l’effet littéraire.

Avec Tandindona« rémanence » — Harilala Ranjatohery change encore de registre. Ce recueil de poèmes de 276 pages rassemble des textes écrits entre 1980 et 1996, dans le tumulte de la jeunesse. On y lit l’écho d’une génération intérieurement révoltée, fatiguée, amoureuse, inquiète pour l’avenir du pays. Lauréat de concours à la Faculté des Lettres et Sciences humaines d’Ankatso, Tandindona est aussi, selon l’auteur, un espace de militantisme discret.

« Les textes portent quelques réflexions sur la nation, car je suis aussi un grand militant », souligne-t-il. Le poème Heritreritra lasa nandeha (1994), marqué par une émotion en decrescendo, en est l’une des pièces les plus saisissantes.

Alors que les trois livres viennent de sortir, Harilala annonce déjà la parution prochaine de onze autres ouvrages dont plusieurs travaux historiques. Des coups pour marquer ses 50 ans d’écriture.

Rova Andriantsileferintsoa

Facebook : Harilala Ranjatohery
Contact : +261 34 11 262 59

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Décembre arrive et, comme chaque année, Madagascar se réveille culturellement.
Soudainement, les salles de spectacle se remplissent, les artistes sortent du bois, les concerts s’enchaînent. C’est la saison des festivités de Noël mêlant sacré et profane, et des expositions de dernière minute. Bref, tout le monde s’active comme si l’année culturelle se jouait en un seul mois. Et franchement, il y a de quoi se poser des questions. On ne va pas se mentir : les artistes malgaches ne sont pas là uniquement pour nous divertir entre deux repas de fête. Ils bossent, ils créent, et à leur niveau, ils font tourner l’économie. Le secteur culturel et créatif représentait environ dix pour cent du PIB national et ferait vivre plus de deux millions de personnes. Pas mal pour un domaine qu’on considère encore trop souvent comme un simple passe-temps sympathique, non ?
Alors oui, ce bouillonnement de décembre fait plaisir. On apprécie ces moments où la création explose, où les talents se révèlent, où la culture devient enfin visible. Mais justement, pourquoi faut-il attendre décembre pour que cela se produise ? Pourquoi cette concentration frénétique sur quelques semaines, alors que les artistes travaillent toute l’année ? Des mouvements sont actuellement en gestation pour revendiquer leur statut d’acteurs économiques essentiels et pour que l’on accorde à nos créateurs une place réelle dans la machine économique du pays. La culture malgache vaut bien mieux qu’un feu d’artifice annuel. Elle mérite qu’on lui accorde l’attention qu’elle réclame douze mois sur douze.

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