Harilala Ranjatohery : L’Oncle frappe encore
4 janvier 2026 // Littérature // 1958 vues // Nc : 192

Trois livres, trois respirations littéraires, un même regard lucide sur la société malgache. Harilala Ranjatohery, écrivain, historien, académicien et membre de l’Académie malgache, signe la parution simultanée de Itadiavam-bady i Dadatoa, Julie Marie et Tandindona. Présentés en octobre dernier à la Bibliothèque nationale d’Anosy, ces ouvrages, édités à compte d’auteur après de longues années de maturation, dessinent un triptyque intime, social et politique, nourri par l’observation du réel.

Itadiavam-bady i Dadatoa (trouver une femme à l’Oncle), est un recueil de nouvelles qui rassemble vingt textes sur 444 pages. Écrit sur la durée — les premières nouvelles remontent à 1983, enrichies à partir de 2017 — l’ouvrage puise dans les fragments de vies croisées par l’auteur, y compris la sienne. Harilala Ranjatohery y propose une analyse fine de la société malgache, oscillant entre humour, drame et parfois même l’effroi. « Chaque humain a besoin de quelque chose auquel se tenir. Les créations littéraires viennent souvent des souvenirs et de la vision de ce qu’il y a autour », confie-t-il. La presse locale voit en cet ouvrage « une réflexion profonde sur la société malgache et ses aspirations à un avenir meilleur ».

Publié initialement en 1997, Julie Marie est, lui, un roman aujourd’hui réimprimé. Il explore une histoire d’amour à contre-courant, loin de toute idéalisation romantique. Comme dans La Chute de l’abbé Mouret d’Emile Zola, ou Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, le récit met en scène l’affection troublante et douloureuse d’un serviteur de Dieu pour une prostituée. Un amour tiraillé, inconfortable, qui questionne la morale, la foi et les contradictions humaines. L’écriture, sobre et directe, laisse peu de place à l’ornement : ici, l’émotion prime sur l’effet littéraire.

Avec Tandindona« rémanence » — Harilala Ranjatohery change encore de registre. Ce recueil de poèmes de 276 pages rassemble des textes écrits entre 1980 et 1996, dans le tumulte de la jeunesse. On y lit l’écho d’une génération intérieurement révoltée, fatiguée, amoureuse, inquiète pour l’avenir du pays. Lauréat de concours à la Faculté des Lettres et Sciences humaines d’Ankatso, Tandindona est aussi, selon l’auteur, un espace de militantisme discret.

« Les textes portent quelques réflexions sur la nation, car je suis aussi un grand militant », souligne-t-il. Le poème Heritreritra lasa nandeha (1994), marqué par une émotion en decrescendo, en est l’une des pièces les plus saisissantes.

Alors que les trois livres viennent de sortir, Harilala annonce déjà la parution prochaine de onze autres ouvrages dont plusieurs travaux historiques. Des coups pour marquer ses 50 ans d’écriture.

Rova Andriantsileferintsoa

Facebook : Harilala Ranjatohery
Contact : +261 34 11 262 59

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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