Deux cœurs dans mon corps, un premier roman mitigé
26 juillet 2025 // Littérature // 6129 vues // Nc : 186

Deux cœurs dans mon corps de la poétesse Na Hassi vient de paraître aux éditions Project’île qui semble de plus en plus intéressées par la littérature Malgache en publiant en une année deux autrices originaires de la Grande Île, à savoir Na Hassi elle-même et Raozy Pellerin. Quant au roman de Na Hassi, la réussite de l’ouvrage est mitigée malgré ses qualités certaines

UN OUVRAGE AU SUJET SENSIBLE

En effet, Na Hassi y traite d’un sujet sensible devenu en l’espace d’une année ou deux le sujet le plus traité de la littérature malgache, le viol et l’inceste. Mais ce n’est pas que ça. Car on va au-delà, juste après quand l’enfant naît. Enfant, issu de la violence et du tabou. Enfant qui est le personnage principal, Marao.

Élevée par sa grand-mère, Marao va devenir jeune femme sous le poids d’un passé lourd et corrosif. À la mort de son aïeule, de son pilier, elle quitte la maison de son enfance et fait son deuil, plume à la main, tentant par la même occasion de solder ses comptes avec ses plaies, pour s’essayer à la guérison.

«Je m’adresse à mon ombre. J’ai enfin trouvé la force et le courage de parler de mon histoire, de mes tourments, de mes délires et de mes dérives. Le monologue n’a pas sa place dans un être situé en entre-deux. Un jour, le silence empor tera le corps et les pensées, et plus rien n’aura de sens.

Je ne veux pas attendre mes dernières heures pour parler. Entre mes crises d’asthme s’échappe le venin. Enfin. Ce poison m’a contaminée jusqu’à la moelle, jusqu’à ne plus pouvoir me tenir debout sans douleur. Il est temps de guérir, du moins de marcher vers la guérison, peu importe le temps qu’elle prendra.»

Et cette guérison vient peut-être mais seulement au bout d’un chemin où Marao se déclare «juste épuisée. Déjà fatiguée de tous ces espoirs à remplir, de toutes ces années à vivre et de ce présumé sens à donner à la vie». Et à la fin pourtant, l’espoir est bien là. Il est cette volonté, cette force, cette force de la volonté qui veut aller plus loin. Une poésie sans fin. Sans fond qui porte sur un chemin qui n’a de limite que soi-même.

«Assure-toi
De bien guérir
La toute première
Blessure
Pour que les suivantes
Ne deviennent
Une infection[…]»

UN ROMAN BIEN ÉCRIT MAIS INCERTAIN

En somme ce roman est agréablement écrit. Léger. Avec des touches de ponctuations bousculées. Des phrases tronquées. Qui épousent l’état d’urgence du personnage, sa déréliction, ses blessures. Des choix qui auraient pu être assumés jusqu’au bout, mais ce n’est pas le cas.

Par ailleurs, la structure peu commune pour un roman pose des questions quant à la cohérence. Y-a-t-il dans ce roman une histoire? Est-ce juste une confession? Et en cela est-ce un roman car même une confession doit aller quelque part pour se faire œuvre, sinon elle n’est qu’une plainte parmi les autres plaintes.

On aurait pu arguer d’une contemporanéité exigeante pour justifier cette incohérence car au final elle aurait pu être élevée en une véritable prise de position esthétique, toutefois, la narration, l’espace et le temps restent cohérents et logique.

Aucune audace stylistique et:ou structurelle réelle ne transparaît entièrement, l’écrivaine hésite. La confession ne reste qu’une confession. Et dans cette confession qu’est ce qui est confessé? Le viol, l’inceste, la mort? Tout cela en même temps? Le tout balance entre le délire et une histoire qui veut se raconter dans un ensemble confus. Des éléments comme le début du roman avec cette apparition du double du personnage principal, la scène sur la voie ferrée, vont ressortir comme des éléments enjoliveurs sans harmonie et qui n’apporte pas grand chose à l’ensemble.

En définitif, il s’agit d’un premier roman intéressant. Je vous invite à le lire, même si au fond on sent l’écrivaine tâtonner encore, on sent qu’elle ne mène pas son intention jusqu’au bout, sa plume vacille par moment. Ce qui est compréhensible pour un premier roman.

Les critiques d'Elie Ramanankavana

Poète / Curateur d'Art / Critique d'art et de littérature / Journaliste.

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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