Harilala Ranjatohery : L’Oncle frappe encore
4 janvier 2026 // Littérature // 309 vues // Nc : 192

Trois livres, trois respirations littéraires, un même regard lucide sur la société malgache. Harilala Ranjatohery, écrivain, historien, académicien et membre de l’Académie malgache, signe la parution simultanée de Itadiavam-bady i Dadatoa, Julie Marie et Tandindona. Présentés en octobre dernier à la Bibliothèque nationale d’Anosy, ces ouvrages, édités à compte d’auteur après de longues années de maturation, dessinent un triptyque intime, social et politique, nourri par l’observation du réel.

Itadiavam-bady i Dadatoa (trouver une femme à l’Oncle), est un recueil de nouvelles qui rassemble vingt textes sur 444 pages. Écrit sur la durée — les premières nouvelles remontent à 1983, enrichies à partir de 2017 — l’ouvrage puise dans les fragments de vies croisées par l’auteur, y compris la sienne. Harilala Ranjatohery y propose une analyse fine de la société malgache, oscillant entre humour, drame et parfois même l’effroi. « Chaque humain a besoin de quelque chose auquel se tenir. Les créations littéraires viennent souvent des souvenirs et de la vision de ce qu’il y a autour », confie-t-il. La presse locale voit en cet ouvrage « une réflexion profonde sur la société malgache et ses aspirations à un avenir meilleur ».

Publié initialement en 1997, Julie Marie est, lui, un roman aujourd’hui réimprimé. Il explore une histoire d’amour à contre-courant, loin de toute idéalisation romantique. Comme dans La Chute de l’abbé Mouret d’Emile Zola, ou Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, le récit met en scène l’affection troublante et douloureuse d’un serviteur de Dieu pour une prostituée. Un amour tiraillé, inconfortable, qui questionne la morale, la foi et les contradictions humaines. L’écriture, sobre et directe, laisse peu de place à l’ornement : ici, l’émotion prime sur l’effet littéraire.

Avec Tandindona« rémanence » — Harilala Ranjatohery change encore de registre. Ce recueil de poèmes de 276 pages rassemble des textes écrits entre 1980 et 1996, dans le tumulte de la jeunesse. On y lit l’écho d’une génération intérieurement révoltée, fatiguée, amoureuse, inquiète pour l’avenir du pays. Lauréat de concours à la Faculté des Lettres et Sciences humaines d’Ankatso, Tandindona est aussi, selon l’auteur, un espace de militantisme discret.

« Les textes portent quelques réflexions sur la nation, car je suis aussi un grand militant », souligne-t-il. Le poème Heritreritra lasa nandeha (1994), marqué par une émotion en decrescendo, en est l’une des pièces les plus saisissantes.

Alors que les trois livres viennent de sortir, Harilala annonce déjà la parution prochaine de onze autres ouvrages dont plusieurs travaux historiques. Des coups pour marquer ses 50 ans d’écriture.

Rova Andriantsileferintsoa

Facebook : Harilala Ranjatohery
Contact : +261 34 11 262 59

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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