AUBE ROUGE, Jean-Joseph Rabearivelo
25 février 2026 // Littérature // 84 vues // Nc : 193

Rabearivelo est un icône de la littérature malgache; évoquer son nom suffit à invoquer toute une époque. Et La popularité d'un auteur rend difficile la tâche du critique. Écrire sur Rabearivelo, pour un plumitif Malgache, équivaut à fixer, œil nu, le soleil, ou traverser la mer à la nage; il y a dans ce geste, comme le courage fou d'une fourmi voulant raser une montagne. Pourtant, ne pas le faire serait un affront à un homme à qui, sans aucun doute, la littérature de l'Ile Rouge doit , si ce n'est tout, du moins énormément.

Pour en venir au fait, Aube rouge est un premier roman et cela se sent de bout en bout. La plume y est incertaine, pas assez aiguisée encore. Ce qui étonnement ajoute du charme à l'ouvrage.

On y sent la volonté opiniâtre d'un jeune écrivain à esquiver les affres du temps, à soustraire de l'oubli les faits capitaux, à témoigner envers et contre tout. La condition dans laquelle ce livre a été écrit y est certainement pour beaucoup. Le temps pour la création devant être arraché à la subsistance et à l'existence, le style n'a pas pu trouver la latitude suffisante pour se déployer. Cela dit, si l'auteur est encore maladroit dans le genre romanesque, chaque description porte la marque d'un génie poétique hors paire. Les premières lignes du livre en portent déjà ce cachet exclusif: "Les étoiles essaient d'allaiter l'immensité endormie de miel épais et lactescent. Le Boeuf-blanc, au milieu du troupeau mellifère du ciel, fonce sa tête à travers l'azur de la nuit et broute paisiblement le gazon viride qui s'étend jusqu'à l'infini de l'horizon". La magie opère et, sous son charme, le firmament devient champ campagnard, la forêt orchestre philharmonique, les grandes batailles bal somptueux.

Quant à l'intrigue, elle se déroule en deux temps. D'abord entre 1885 et 1886, où, sous le commandement d'un superbe Rainandriamanpandry, l'armée malgache l'emporte face aux Français. La deuxième partie commence, elle, en 1894 pour s'achever avec l'exécution du prince Ratsimamanga et de Rainandriamanpandry. On suit, à travers les quelques centaines de pages, divers personnages historiques, allant du légendaire Premier Ministre Rainilaiarivony au Premier Résident Français Le Myre de Villier.

Sous nos yeux, à travers l'enchevêtrement des mots, phrase après phrase, se tisse le destin d'un pays et d'un peuple. Dès les premières pages, la tension est à son comble ; tous se savent condamnés. Le sort est scellé mais, quand vient l'aube rouge, quand vient l'ascension inexorable du soleil Français, les larmes ne manquent pas de couler. Car, avec ces jours nouveaux, se fracture l'histoire. Cet exécution sommaire, aux allures cérémonieuses, marque le crépuscule d'une civilisation entière sous le feu des fusils.

Si on aurait aimé une grande fresque à La Guerre et Paix, l'ouvrage reste d'un intérêt certain. C'est l'occasion pour Rabearivelo, entre autres, de soulever toute la contradiction de l'humanisme colonial et du missionnarisme chrétien. Il fustige la religion occidentale et les idéologies européennes, comme étant un cheval de troie, laissant la porte ouverte aux ennemis. Ce qui, pour l'époque et aujourd'hui encore, est et demeure extrêmement subversif.

Aube rouge s'élève ainsi en témoin inestimabe d'une époque. Il est la trace laissée par une âme précieuse parmi toute, un indice capital dans des enquêtes éternelles sur un crime contre humanité. Qui plus est, dans ses lignes se cachent les nuits blanches d'un pionnier, ses tracas et ses heures les plus lumineuses et surtout son effort pour écrire coûte que coûte, afin de devenir le Rabearivelo que l'on connaît. Réédité par les éditions No comment, Aube Rouge est à lire absolument!

Les critiques d'Elie Ramanankavana

Poète / Curateur d'Art / Critique d'art et de littérature / Journaliste

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
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