L’évangile du nouveau monde, le dernier message de Maryse Condé
30 septembre 2025 // Littérature // 7537 vues // Nc : 188

Le dernier roman de Maryse Condé, L'Évangile du Nouveau Monde est une œuvre intrigante. L’écrivaine entame son roman alors qu’elle est déjà aveugle. Elle doit alors dicter son livre. Des questions se posent dès lors. Pourquoi un tel livre et à ce moment là?

Un roman, un dernier
La raison qui a poussé l'écrivaine à prendre de nouveau le chemin ardu de son art au terme d'une vie, questionne. Atteinte de cécité, écrire, écrire encore, peut-être une dernière fois avant de rendre l'âme, mais pourquoi ? À ce stade d'une carrière, tout n'a-t-il pas déjà été écrit ? Les honneurs, la reconnaissance n'ont-ils pas déjà couronné le dur labeur, le talent, l'art de la grande Maryse Condé? En parcourant L'Évangile du Nouveau Monde, la réponse vient. On y sent une Maryse Condé joueuse qui a la plume facile. Les mots viennent, coulent, deviennent rivières, ruisseaux, minces filets, torrents, au gré du souffle d'une écrivaine qui s'amuse et s'arroge le droit de jouer de ses mots, même devant la mort, même la vue perdue. Écrire, écrire toujours, et cela jusqu'au dernier précipice. Peu importe l'histoire, même s’il faut dire qu’elle est belle et horrible, le fait même d’avoir écrit est ici divin. C'est une revendication silencieuse, celle de la vie, la vraie, qui ne plie pas, jamais.

Une histoire aussi vieille que le monde
Plus un sujet a été traité plus il est difficile de l’aborder. Car l’histoire que nous livrent les lignes successives de ce petit roman n'est pas inédite. L'Évangile du Nouveau Monde, est une ambition déjà tentée. Mise à part La Bible, c'est Le Christ re-crucifié de Kazantzaki, par exemple, ou encore les romans de José Saramago. Cependant, Marysse Condé met ce récit tant ressassé à son échelle, à la hauteur des Caraïbes et du monde moderne. Elle a su insufflé à cette histoire une tropicalité ne s’encombrant pas d’exotisme. Le style est là, il porte l'ensemble. Et à la fin, un message, comme un testament. Car la dernière heure vient et un message s'impose. Et c’est l’amour toujours, un amour que Pascal, le personnage principal, ne va pas trouver dans l’élèvement christique. Ce n’est pas le caritas d’un Jésus de Nazareth car Pascal est plus humain. C’est un amour simple, accessible, celui qu’il a pour sa femme, une prostituée reconvertie. Un amour faillible mais touchant. Un amour bien réel.

Les critiques d'Elie Ramanankavana

Poète / Curateur d'Art / Critique d'art et de littérature / Journaliste

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Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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