Zouba K « Mon art, ma bataille »
3 décembre 2021 // Arts Plastiques // 5986 vues // Nc : 143

Il aime sculpter des visages qu’il trouve nobles et beaux, même s’ils sont difficiles à réaliser. « Mettre une âme dans un visage, c’est compliqué, c’est pour cela que beaucoup de sculpteurs ne veulent pas le faire. » Lui s’inspire notamment du Sud-Coréen Seo Young-deok qui réalise des sculptures de corps et des visages à partir de chaînes métalliques. « Je vois mon art comme une bataille, plus c’est difficile techniquement à réaliser plus c’est stimulant. » Au départ, il utilise le fil de fer mais malgré un rendu propre, il estime que c’est trop long à travailler. Pendant deux ans, il cherche une nouvelle technique en travaillant les cannettes et les cartons : le résultat ne l’emballe, cela sent trop l’amateurisme à son goût. Idem lorsqu’il revient au fil de fer en créant des œuvres plus petites donc plus faciles à vendre.

« Un jour, j’étais au plus bas, African House m’a demandé de réaliser un fauteuil en capsules. Dès que j’ai percé la première capsule, j’ai compris que c’était ça mon truc. Issue d’une famille d’artisans, je retrouve dans la capsule le côté technique et disons mathématique que j’aime beaucoup. L’avantage avec la capsule est que je peux créer une sorte de puzzle pour diviser les tâches plus facilement. Par exemple, je crée une pièce A et la personne qui travaille avec moi reproduit la même chose. Il me suffit juste ensuite de faire l’assemblage. »

Bazou s’exprime le plus souvent avec des œuvres gigantesques. Sa plus grande fierté reste sa Statue de la Liberté tout en fil de fer sans soudure de 2,30 mètres de haut. « Je pense avoir réussi à faire une pièce de musée. Je me suis impressionné moi-même ! À deux, pendant quatre mois, nous avons travaillé dessus. Entre-temps, je me suis déboîté l’épaule, j’ai fait pleins d’erreurs mais j’ai continué. Cette sculpture m’a fait pleurer de joie. » Malgré tout, la vie d’artiste n’est pas facile, il faut vivre au jour le jour. « C’est un choix de vie, ou la liberté ou la sécurité. J’ai choisi la liberté pour réaliser mon rêve, mais il faut toujours innover, ne jamais s’arrêter en chemin, se laisser aller à des facilités. » En janvier 2022, il organisera une tombola à La Teinturerie Ampasanimalo dont le premier prix sera un visage en capsules, le second, un buste et le troisième, des triangles emboîtés. « Mon art appartient à tout le monde », plaide-t-il.


Aina Zo Raberanto

Visage Capsule 2
126 / 85 / 60 cm
Fils de fer, capsules (2154)
Le nouveau monde
230 / 160 110 cm
Fil de fer, tôle
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Le 20 mars, journée mondiale du conte, devrait être férié pour l’imaginaire. Rien que ça. Car il fut un temps — pas si lointain — où Madagascar vibrait au rythme des angano, ces récits qui, le mercredi après-midi, clouaient les enfants devant la radio ou la télévision. On n’avait pas école. On avait mieux : Trimobe, Rapeto, Ranoro. Dans les années 80, 90, et même au début des années 2000, toutes les stations ou presque avaient leur programme dédié. C’était un rendez-vous sacré. Les grandmères rassemblaient les petits-enfants autour du foyer, le soir, et les mots devenaient braises. Trimobe, ogre insatiable mais régulièrement dupé par un gamin — ou une fillette paraplégique — apprenait l’humilité à coups de ruse. Rapeto, géant malgache, déplaçait des montagnes sans tractopelle. Ranoro, sirène des eaux profondes, murmurait à l’oreille des rêveurs.Aujourd’hui ? Ces figures glissent doucement vers l’ombre. Illustres inconnus d’une génération qui connaît mieux les superhéros importés que les ogres du terroir. Les écrans n’ont pas cessé de raconter des histoires — loin de là — mais elles viennent souvent d’ailleurs, calibrées, doublées, marketées. On ne va pas jouer les passéistes professionnels, mais tout de même. Car jadis — mot dangereux, je sais — les angano travaillaient l’imaginaire comme un artisan polit une pierre brute. Ils enseignaient sans en avoir l’air. Ils faisaient peur, parfois. Rire, beaucoup. Grandir, surtout. Heureusement, depuis quelque temps, des créateurs de jeux vidéo et de films d’animation gasy réinvestissent ces figures. Avec des libertés narratives, quelques retouches ici et là, certes. Mais l’essentiel demeure : les personnages respirent encore. Alors, en ce 20 mars, la question n’est pas de savoir si le conte survivra à l’ère du scroll infini. Elle est plus simple — et plus vertigineuse : que restera-t-il de nous si nos enfants ne rêvent plus dans notre langue ?

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