Nancy Alliotte : Des couleurs pour dépasser l’objectivité photographique
5 juillet 2024 // Arts Plastiques // 6238 vues // Nc : 174

Comment un tableau arrive-t-il à rappeler ce qu’on a ressenti en premier devant un paysage ? C’est là tout le travail de l’artiste peintre Nancy Alliotte. Pour dépasser l’objectivité de la photographie, elle centre sa démarche sur les couleurs, et préserve ainsi son éblouissement originel sur la toile, et sur la couverture du no comment® magazine de ce mois de juillet.

La maison où elle nous reçoit ressemble à une galerie d’art, il y a des tableaux partout. Bien qu’ils soient tous aussi colorés les uns que les autres, celui qui trône sur un mur attire particulièrement notre attention. Et pour cause, c’est la couverture du magazine pour ce numéro, mais aussi le premier qu’elle a peint en arrivant à Madagascar. « C’est lié à mon éblouissement face aux rizières, je ne m’attendais pas du tout à trouver des rizières dans une ville. A chaque fois c’est l’éblouissement. » Pour autant, elle ne ressent jamais le même émerveillement devant chaque paysage. Plusieurs paramètres entrent en scène pour lui donner une impression particulière par rapport au lieu. Cette relation dépend des différentes heures de la journée, des environs, ce qu’elle y a vécu, et aussi les facteurs humains. « J’essaie vraiment de privilégier des endroits dont je me suis bien imprégné, où je sais qu’il y a la bonne lumière, les bonnes couleurs. »

Mais alors, comment arrive-t-elle à préserver cette extase première sur la toile ? Pendant ses voyages, Nancy Alliotte part, accompagnée de sa boîte d’aquarelles et d’un appareil photo. « Ce n’est pas toujours évident de peindre devant ce qu’on voit, alors je fais des aquarelles partout où je vais, ou je peins à partir des photos que j’ai prises. Une photo ne rend jamais l’émotion d’un paysage, cette émotion est personnelle, et je pense qu’elle est liée à la contemplation et l’imprégnation qu’on a des couleurs. »

Pour faire ressortir au mieux cette impression personnelle sur la toile, elle suit des règles. « J’aime bien que les tableaux de nature soient à l’huile, car je trouve que la brillance de l’huile rend hommage à la beauté de la végétation. Pour les grands formats, vu qu’il faut beaucoup plus de temps pour les peindre, à l’acrylique ça sèche plus vite et je peux y revenir de temps en temps, tandis qu’il faut respecter un temps de séchage pour les peintures à l’huile. » L’aspect documentaire de la photographie est ici écarté grâce à la « vibration » obtenue avec la juxtaposition des couleurs. Elle obtient cet effet en mettant deux couleurs complémentaires côte à côte, des couleurs qui ont la même intensité en termes de pigmentation. Elle privilégie avant tout cette vibration au lieu de présenter les couleurs telles qu’elles sont. « Sur un tableau j’aurais pu peindre les ombres complètement en noir, mais ça aurait écrasé le tableau, alors j’ai fait naître un brun et des touches de rouge. Parfois je peins un fond de couleur, d’où les taches de rouge un peu partout, c’est pour la vibration avec le vert. »

La rivière des geysers d'Amparaky
Acrylique sur toile, 120cm par 80cm
Collection de Madagascar
Bananiers
Huile sur toile, 95cm par 80cm
Collection de Madagascar
Chutes de la lili
Acrylique sur toile, 1m50 par 1m50
Collection de Madagascar
Jacarandas au bord du lac Anosy
Huile sur toile, 1m par 1m
Collection de Madagascar

Propos recueillis par  Mpihary Razafindrabezandrina
Site Web: https://www.nancy-alliotte.com

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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Collaborations : Kostami - Tanossi – Via Milano mg – HAYA Madagascar - Akomba Garment MG
Make up : Réalisé par Samchia
Modèles : Addie, Kenny, Mitia, Natacha, Onitiana, Manoa, Santien, Mampionona
Photos : Andriamparany Ranaivozanany

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