Catmouse James & Rolling Pen « Éviter la médiocrité dorée »
2 janvier 2021 // Littérature // 10098 vues // Nc : 132

Elle aime dessiner, il aime écrire. Catmouse James et Rolling Pen n’avaient sûrement pas prévu l’engouement qu’a suscité leur première bande dessinée « Ary » sortie aux éditions Des Bulles dans l’Océan. Le troisièmeet dernier tome est prévu pour cette année.  

« Ary », un conte entre fantaisie et modernité ?
Rolling Pen : Ary est d’abord l’histoire d’une petite fille orpheline qui vit dans un village du Sud de Madagascar. Comme elle est différente, les gens de son village pensent qu’une malédiction touche le village du simple fait de la présence d’Ary. Pour endiguer la sécheresse et la famine, ils décident donc de l’abandonner hors du village. Puis, elle rencontre un esprit qui lui dicte une quête à faire pour sauver son village : voler les yeux d’un géant de pierre qui s’appelle Isalo. Ensuite, dans le second tome, ayant entendu qu’Ary avait sauvé son village, un jeune homme va la kidnapper pour la forcer à sauver un autre village, coincé entre les dunes inexploitables et une mer ravagée par la surpêche. Ils vont non seulement essayer de sauver le village de ce jeune homme, mais Ary va connaître quelques bribes de son passé qui lui est inconnu.

Une bande dessinée engagée ?
Rolling Pen : Nous voulions pousser les jeunes à prendre un certain pouvoir, à ne pas accepter aveuglément la gérontocratie, à se demander quelles portées peuvent avoir un simple choix dans une destinée.

En parallèle, nous voulions sensibiliser nos lecteurs sur la manière dont nos ressources sont gérées. Nous parlons aussi de la différence et de son acceptation, et de la manière dont ce que nous voulons finir par arriver, de manière très détournée et visible. C’est un peu comme si nous voulions montrer les coulisses d’un tour de magie pour faire comprendre que les vœux se réalisent, par un procédé concret et rationnel. Vous voyez donc qu’il y une couche philosophique et une autre portée plus concrète, sociale et même politique. Mais sans aller jusqu’à dire que c’est une BD engagée dans le sens actuel du terme. Enfin, nous voulions inciter les jeunes à lire et à être curieux de tout. Une ligne, un mot peut aboutir sur quelque chose de grandiose, sans qu’on ne le sache à l’avance. D’ailleurs, le tome III en est la preuve, l’idée est venue du titre, le tome II m’a été inspiré par une dame qui m’a raconté sa difficulté à trouver du poisson, le tome I est apparu en remontant la route de Fort-Dauphin vers Ihosy.

Comment s’est créé le personnage ?  
Catmouse James : J’ai toujours voulu faire une BD depuis mes vies antérieures. Des histoires, j’en ai tellement à raconter, mais généralement elles n’ont ni queue ni tête. Avec Rolling, nous nous sommes dit pourquoi ne pas le faire ensemble ? Il aime écrire, j’aime dessiner. Pour le personnage, je savais depuis longtemps que ce serait une petite fille différente. J’ai des brouillons d’histoires datant des années 2000 qui parlent de petites filles aux yeux vert, une peau bleue, des cheveux violets, quatre bras… J’ai mis tout ça dans Ary. Ça ne se voit pas extérieurement, mais tout y est. Pour l’écriture, Rolling a sorti de je ne sais où une histoire qui m’a emballé du fond de mes tripes. C’était exactement ce que je voulais raconter et dessiner. Mais après s’ensuivirent prises de tête sur la moindre ponctuation de trop. Nous étions intransigeants envers nous-même. Et il le faut bien pour éviter la médiocrité dorée.
Rolling Pen : Le choix du nom a été très difficile. Nous voulions un prénom court, facilement prononçable dans toutes les langues et surtout qui voulait dire plusieurs choses à la fois. « Ary » veut d’abord dire « création », parce qu’une des plus grandes aspirations de l’humain est de créer. Puis, quand on le prononce avec un accent francophone, cela donne le mot pour dire « là-bas » pour appuyer l’origine et le contexte lointain de l’histoire. Puisque le Sud de Madagascar, même pour les Malgaches, est une contrée qui connote une idée d’éloignement et d’enclavement. Juste avant d’avoir écrit Ary, je retournais d’un voyage dans le Grand Sud de Madagascar. Ce voyage m’avait montré à quel point les gens vivaient difficilement dans cette région délaissée.

Monter une autre facette de Madagascar qui a plu aux lecteurs internationaux ?
Rolling Pen : À notre grande surprise, le tome I a très bien marché au niveau international. D’après les retours qu’on a eus, les lecteurs aimaient découvrir une facette inconnue de Madagascar tout en se questionnant sur des problématiques universelles. Le tome II est sorti juste avant la crise sanitaire, ce qui a eu un effet sur les ventes. Mais nous espérons que la sortie du troisième et dernier tome, et du coffret de la trilogie, va relancer le tout. Grâce au travail formidable de notre éditeur Des Bulles dans l’Océan qui nous a donné notre chance alors qu’on sortait de nulle part, les deux premiers tomes ont réussi à figurer près des grands noms de la BD dans les magazines et les sites spécialisés. Plusieurs librairies en France en ont d’ailleurs fait leur coup de cœur à leur sortie.

Un tome III est prévu pour 2021. Un petit résumé de l’histoire ?
Rolling Pen : Si vous avez lu le second tome, vous saurez qu’il y a un gros suspense à la fin. Une grosse interrogation se porte sur Ary, et le tome III se passera juste quelques minutes après le tome II. Il s’appellera Les Aimants de l’Ambre. Nous répondrons aux grandes questions qui ont jalonnés la lecture des deux premiers tomes. Nous saurons enfin tout du passé d’Ary et elle devra mener une dernière quête avec l’aide d’un sablier et de deux personnes qu’elle a rencontrées dans le deuxième tome. Pour mener à bien cette quête, elle devra cette fois-ci quitter le Sud pour remonter vers le Nord. C’est tout ce que nous pouvons dire pour ne pas gâcher la lecture des deux premiers tomes à ceux qui ne les ont pas encore lus. Mais la troisième sera une course contre la montre, effrénée autant pour Ary que pour les lecteurs.


Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

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