Aujourd’hui, son nom dépasse largement les plateaux de tournage. Fondateur de Makiprod, Rabarison Tovomanana est devenu l’une des figures incontournables du cinéma malgache, aussi bien derrière la caméra que dans les réflexions sur l’avenir du secteur, les textes réglementaires ou la défense des droits des cinéastes et des acteurs. Une trajectoire qui n’avait pourtant rien d’écrit à l’avance.

Dans les années 2000, son univers tient dans quelques étagères remplies de VHS, de VCD et de DVD. Tovomanana gère alors plusieurs clubs vidéo, à une époque où les boîtiers en plastique faisaient voyager plus loin qu’un billet d’avion. Entre deux locations, il regarde, compare et, sans le savoir encore, décortique déjà les plans, les cadrages et le jeu des acteurs. Cette habitude lui vaut quelques remarques à l’école. Le jeune garçon parle davantage de cinéma que de leçons. « Le cinéma m’a attrapé dès le plus jeune âge. Je ne regardais pas seulement les histoires, j’essayais de comprendre comment elles étaient fabriquées », raconte-t-il. Après un passage comme acteur au sein d’Aty Jerena Prod, la maison de production de son beau-frère, l’appel de la réalisation devient irrésistible. En 2004, Makiprod voit le jour. Le secteur est alors encore artisanal. « Nous apprenions en marchant. Il arrivait qu’il n’y ait même pas de caméra disponible et nous devions faire avec les moyens du bord », se souvient-il.
Le véritable tournant intervient en 2007 avec la formalisation de Makiprod et le lancement du film Baraingo. Le projet réunit plusieurs grandes figures du cinéma malgache, mais le destin s’invite au scénario. Un incendie détruit le disque dur contenant le montage du film. « Nous avons tout perdu. Beaucoup auraient abandonné, mais nous avons décidé de recommencer », confie-t-il. Le film verra finalement le jour, devenant l’un des symboles de cette persévérance tranquille qui caractérise le réalisateur. Comme quoi, au cinéma comme ailleurs, il faut parfois refaire la prise avant d’obtenir la bonne image.
Vingt ans plus tard, Makiprod affiche près de 300 films, 700 clips musicaux, des documentaires et des campagnes publicitaires. Mais Tovomanana regarde déjà plus loin, vers des collaborations internationales et de nouveaux projets. Une preuve, peut-être, que certaines passions ne se rembobinent jamais.
Tatiana Randriamanankajasoa