Ravaka Mihamina « Lire doit être un plaisir pour l’enfant »
21 octobre 2023 // Success Story // 2254 vues // Nc : 165

Depuis mars 2022, des centaines de lecteurs âgés de huit à 14 ans se rassemblent autour d’un nouveau magazine : Karné. Du premier au sixième numéro (juin 2023), ce trimestriel aborde des sujets sérieux comme l’origine des Malgaches ou même les coupures d’électricité, sans ennuyer les enfants. La formule magique ? Ravakiniony Tahirimihamina, gérante et fondatrice des éditions Karné, l’explique par la passion et la patience. Au moment de s’ouvrir au marché international, elle revient aujourd’hui sur les coulisses de ce succès.

Karné est né d’une frustration. Petite, Ravakiniony Tahirimihamina lisait plusieurs magazines pour enfants, sauf que c’étaient tous des magazines étrangers. « Je ne pouvais pas m’abonner, car c’étaient des magazines français ou canadiens, je n’avais pas de magazine pour moi en tant que petite fille malgache. » Il faudra attendre le deuxième confinement en juillet 2020 pour que l’idée d’en créer elle-même ne devienne sérieuse. Alors qu’elle gardait son neveu, cette amoureuse de livre a essayé de l’occuper par la lecture, en vain. « Les livres l’ennuyaient profondément. Je me suis dit qu’un magazine lui conviendrait plus, cela lui plairait d’avoir un livre qui ne fasse pas peur et qui soit accueillant, et qui reflète aussi sa culture. » Consciente d’être une pionnière dans son domaine, elle prend ses lectures comme influences, tout en gardant à l’esprit le contexte malgache. « Nous avons beaucoup misé sur le design, car à l’étranger, ils y vont à fond, surtout du côté anglophone. Il y a beaucoup de couleurs, ils jouent avec la typographie, c’est ce que nous avons voulu reprendre. » Des numéros de 24 pages sortent en septembre puis en octobre 2020. À ce rythme, la petite équipe de deux personnes se sont vite rendu compte que la qualité n’était pas au rendez-vous, malgré quelques retours positifs. Alors, la jeune entrepreneure prend des décisions drastiques : suspension du magazine et formations pendant toute l’année 2021, recrutement d’un administrateur et de graphistes, formalisation de l’entreprise en décembre de la même année.

Le premier numéro dans son format définitif sort enfin en mars 2022. Un moment qui scelle l’identité de Karné. « Karné éduque et divertit en même temps, car il ne faut absolument pas que lire soit une douleur pour un enfant, il faut que ce soit du plaisir. Il y a un petit documentaire avec un thème, c’est la partie éducative qui prend le plus de place ; après, il y a des jeux et des interviews d’enfants et d’experts. » Pour combiner le pédagogique et le ludique, la graphiste Ntsoa et l’illustratrice Èf donnent vie aux textes de Ravakiniony Tahirimihamina. Il en ressort des pages aussi vibrantes qu’informatives, et cela fonctionne : 75 enfants étaient présents pour fêter l’anniversaire du magazine en décembre dernier. Malgré ce succès en si peu de temps, la gérante considère toujours l’amélioration perpétuelle comme le mot d’ordre de son équipe. Pour y arriver, elle prend en compte l’avis des parents. « À la demande des parents, nous avons ajouté la rubrique « kolontsaina malagasy » (culture malgache) où on explique aux enfants ce que c’est que le ‘vodiakoho’ ou encore le ‘takariva amorom-patana’ ». Et surtout les aspirations des enfants. « Il faut être attentif à ce que les enfants aiment, regarder des dessins animés, discuter et passer du temps avec eux, faire des soirées pyjama avec eux, des animations en librairie, je fais tout ça. » En plus des numéros pour les quatre à sept ans, Ravakiniony Tahirimihamina projette de sortir des versions adaptées à la diaspora malgache en Europe, au Canada et aux États-Unis.

Propos recueillis par  Mpihary Razafindrabezandrina
Contact : +261 34 74 108 07

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Bonne… continuation

Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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