CmPro Madagascar, Excelia Travel, Mianatra Mahomby — et dix-huit autres activités en orbite autour. Hajatiana Ratsimba pilote aujourd'hui un écosystème de 21 entreprises. Sauf que l'histoire commence comme coursier, sans repère financier, sans réseau, sans rien. Une success story qui ferait passer certains romans sudaméricains pour des récits tièdes.


Issu d'un milieu modeste, diplôme d'hôtellerie en poche mais aucun filet de sécurité, le jeune Hajatiana se fixe un objectif qui frise la folie : intégrer le groupe Sipromad, le prestigieux empire d'Ylias Akbaraly, son modèle absolu. Plan d'action ? Payer le gardien de l'immeuble pour croiser le grand patron dans le hall. Chaque matin, même rituel : « Bonjour Monsieur Ylias. » À force de provoquer ces hasards, le contact finit par s'établir. Quand un poste de coursier se libère, il postule sans hésiter — mettant de côté ses bagages en tourisme. Une fois le pied dans la place, il glisse vers l'assistanat de direction, se forme sur le tas, dévore le métier. Puis le directeur démissionne. « J'ai assuré l'intérim avec une aisance déconcertante et je me suis vu propulsé directeur », confie-t-il, encore fasciné par son propre parcours.
Mais lors des réunions stratégiques, quelque chose bascule. En observant Akbaraly, une question s'impose : Pourquoi pas moi ? Il quitte le groupe, plonge dans l'entrepreneuriat — et les débuts sont tout sauf glamour. Jus de fruits, écouteurs, légumes, restaurant qui tourne au vinaigre. « J'ai fait des allers-retours entre le salariat et l'entrepreneuriat. Les certificats de travail, j'en ai beaucoup eu ! » rigole-t-il. Chaque échec devient matière première. C'est de ce parcours cabossé que naît Mianatra Mahomby — d'abord simple projet de partage, vite transformé en entreprise face à l'explosion des demandes des écoles, églises et associations. Retournement de situation savoureux : l'homme qui ne savait pas parler en public forme aujourd'hui de grands dirigeants et a officié comme conseiller auprès d'Émirs à Dubaï.
Excelia Travel, première agence malgache spécialisée dans les voyages d'affaires internationaux — Chine, Allemagne, Thaïlande, Émirats — complète l'édifice. Vingt et une activités au total, construites pierre par pierre, erreur après erreur. « Pour devenir entrepreneur, il faut investir : de l'argent, du temps ou des compétences. Tout est stratégie », résume-t-il. Le point de départ ne définit jamais la destination finale. Hajatiana Ratsimba en est la démonstration vivante — et il n'a pas fini de bâtir.
Tatiana Randriamanakajasoa