Trente-cinq ans de carrière, d'innombrables expositions au tableau à Madagascar comme à l'étranger — Nonoh Ramaro n'est plus à présenter. Pourtant, ces dernières années, l'artiste s'était fait discret, presque invisible. En juillet, il est ressorti de l'ombre. Et il revient avec des couleurs.

Près d'une décennie sans exposition. Pas d'absence de création — plutôt une retraite intérieure, un temps de maturation, ce que les plasticiens appellent parfois le retrait du monde visible pour mieux nourrir le monde intérieur. Landry Richard Ramaroniaina, alias Nonoh, a mis ce silence à profit pour explorer, observer, laisser décanter. « C'est en voyant d'autres artistes exposer que l'envie est revenue, vive et urgente », confie-t-il avec émotion. Le 31 juillet, à l'ADMC CRAAM Ankatso, il signe son retour avec « Ako (stika) », une exposition inspirée du Hira Gasy et du patrimoine culturel malgache. Pas un simple comeback — une respiration.
Autodidacte, ancien danseur et chorégraphe, disciple du peintre Richard Razafindrakoto qui lui a révélé que la couleur peut exprimer un univers intérieur presque spirituel, Nonoh a construit un style immédiatement reconnaissable. Ses toiles ne se donnent pas d'emblée — elles s'ouvrent, comme des portes. Les éclaboussures, les couleurs projetées, les gestes spontanés qui ressemblent à des arrêts sur image d'une chorégraphie — tout ça, c'est sa signature.
« Chaque point a un sens. Rien n'est posé au hasard », affirme le plasticien. Aquarelle, acrylique, huile, dessin — les techniques changent, mais la logique reste la même. Faire parler la matière plutôt que la contrôler.
L'inspiration, lui, n'a plus besoin de la chercher. « Après 35 ans d'expérience, elle est déjà en moi. Même en mangeant, une idée peut surgir », dit-il, sans fausse modestie. La femme, les scènes du quotidien, les émotions humaines — voilà ses sujets de prédilection. Et l'avenir ? Un laboratoire artistique où les jeunes pourraient apprendre le dessin, la peinture, découvrir leur propre langage créatif. Un nouveau projet d'envergure se prépare aussi pour cette année. Nonoh Ramaro avance — avec passion, et un regard lucide sur un milieu dont il surveille les dérives avec une inquiétude à peine dissimulée. Parce que pour lui, une œuvre ne sert pas qu'à être admirée. Elle apaiser, relie, continue de vivre dans les yeux de ceux qui la regardent.
Lucas Rahajaniaina
Contact : 033 61 756 51
Photos : Andry Randrianarisoa