À même le tumulte du plus grand marché de la capitale, Razafindrafara Nirina coud, retouche, ajuste. Depuis près de trente ans, ses gestes précis racontent un métier discret mais essentiel, fait d’endurance, de débrouille et d’un savoir-faire patiemment acquis. Portrait d’une couturière de rue qui tient le fil, coûte que coûte.


Dès huit heures du matin, à Analakely, le marché s’éveille dans un ballet dense et bruyant. Entre les étals et les passants pressés, une machine à coudre ronronne. Derrière, Razafindrafara Nirina installe ses outils avec la régularité d’un rituel. Fils multicolores, aiguilles, ciseaux, boutons : peu de choses, mais l’essentiel. Ici, pas de vitrine ni de néons. Juste un emplacement fixe et une réputation forgée à coups de retouches bien faites. « Je fais surtout du reteillage et des retouches, c’est ce pour quoi on nous connaît ici », explique-t-elle. Tenues scolaires, blouses, tabliers, rideaux : des vêtements utiles, du quotidien, loin des tendances éphémères. Nirina le dit sans détour : elle ne coud pas ce qu’elle juge trop complexe ou trop à la mode. À Analakely, l’urgence n’est pas d’être tendance, mais d’être efficace.
Le métier s’apprend dans l’audace. « Plus on ose accepter le travail, plus on progresse. Si on n’essaie pas, on n’apprend pas », affirme-t-elle. Une blouse scolaire peut être terminée en une journée, à condition qu’aucune commande ne précède. Sinon, il faut attendre. Certaines pièces, toutefois, résistent davantage. Nirina se souvient encore d’une veste de costume pour homme, exigeante, minutieuse, presque intimidante. Les périodes de fêtes et la rentrée scolaire sont les plus fastes. Le rythme s’accélère, les clients affluent. Les prix augmentent légèrement, de 6 000 à parfois 10 000 ariary. « Les gens veulent être servis vite, ils comprennent », précise-t-elle. La clientèle est variée, fidèle pour certains, de passage pour d’autres.
Rien ne prédestinait Nirina à la couture. Elle commence en 1998, presque par hasard, avec une machine à coudre à la maison. Autodidacte, elle affine son savoir-faire au fil des années, avant de suivre une courte formation durant le confinement. Aujourd’hui encore, elle travaille avec une ancienne machine manuelle. Son objectif reste simple : « Avoir de meilleurs équipements ». À 17 heures, Nirina remballe. Elle ne travaille pas le dimanche. Parfois dix pièces par jour, parfois moins. Le métier permet de vivre, dit-elle, même si la précarité n’est jamais loin. À Analakely, ils sont nombreux couturiers. Mais tant que le fil tient, Razafindrafara Nirina continue de coudre le quotidien, point après point.
Lucas Rahajaniaina