Nirina Razafindrafara : De fil en aiguille
19 février 2026 // Métiers & Petits Métiers // 59 vues // Nc : 193

À même le tumulte du plus grand marché de la capitale, Razafindrafara Nirina coud, retouche, ajuste. Depuis près de trente ans, ses gestes précis racontent un métier discret mais essentiel, fait d’endurance, de débrouille et d’un savoir-faire patiemment acquis. Portrait d’une couturière de rue qui tient le fil, coûte que coûte.

Dès huit heures du matin, à Analakely, le marché s’éveille dans un ballet dense et bruyant. Entre les étals et les passants pressés, une machine à coudre ronronne. Derrière, Razafindrafara Nirina installe ses outils avec la régularité d’un rituel. Fils multicolores, aiguilles, ciseaux, boutons : peu de choses, mais l’essentiel. Ici, pas de vitrine ni de néons. Juste un emplacement fixe et une réputation forgée à coups de retouches bien faites. « Je fais surtout du reteillage et des retouches, c’est ce pour quoi on nous connaît ici », explique-t-elle. Tenues scolaires, blouses, tabliers, rideaux : des vêtements utiles, du quotidien, loin des tendances éphémères. Nirina le dit sans détour : elle ne coud pas ce qu’elle juge trop complexe ou trop à la mode. À Analakely, l’urgence n’est pas d’être tendance, mais d’être efficace.

Le métier s’apprend dans l’audace. « Plus on ose accepter le travail, plus on progresse. Si on n’essaie pas, on n’apprend pas », affirme-t-elle. Une blouse scolaire peut être terminée en une journée, à condition qu’aucune commande ne précède. Sinon, il faut attendre. Certaines pièces, toutefois, résistent davantage. Nirina se souvient encore d’une veste de costume pour homme, exigeante, minutieuse, presque intimidante. Les périodes de fêtes et la rentrée scolaire sont les plus fastes. Le rythme s’accélère, les clients affluent. Les prix augmentent légèrement, de 6 000 à parfois 10 000 ariary. « Les gens veulent être servis vite, ils comprennent », précise-t-elle. La clientèle est variée, fidèle pour certains, de passage pour d’autres.

Rien ne prédestinait Nirina à la couture. Elle commence en 1998, presque par hasard, avec une machine à coudre à la maison. Autodidacte, elle affine son savoir-faire au fil des années, avant de suivre une courte formation durant le confinement. Aujourd’hui encore, elle travaille avec une ancienne machine manuelle. Son objectif reste simple : « Avoir de meilleurs équipements ». À 17 heures, Nirina remballe. Elle ne travaille pas le dimanche. Parfois dix pièces par jour, parfois moins. Le métier permet de vivre, dit-elle, même si la précarité n’est jamais loin. À Analakely, ils sont nombreux couturiers. Mais tant que le fil tient, Razafindrafara Nirina continue de coudre le quotidien, point après point.

Lucas Rahajaniaina

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Février a ce petit talent sournois : il raccourcit le calendrier, mais allonge sensiblement les factures. On nous dit que c’est le mois de l’amour. Celui où les coeurs s’affolent, où les mots doux résonnent un peu plus fort… et où les caisses, elles aussi, font des étincelles. La Saint-Valentin, si on y regarde bien, c’est un c’est Cupidon avec un partenariat commercial bien négocié. Et quelle mise en scène ! Les vitrines rougissent à qui mieux mieux, les roses voient leur prix grimper en fonction de l’intensité du sentiment, les chocolats prennent des formes de coeur — parce qu’un foie ne ferait pas rêver. Sans oublier les menus « spécial couple » et les offres taillées sur mesure pour les âmes sensibles. Finalement, le 14 février, l’amour se résume souvent à des coffrets cadeaux, des bougies qui sentent bon et des tables réservées longtemps à l’avance. Romantique ? Sans doute. Improvisé ? Pas vraiment.Mais après tout, est-ce vraiment un problème ? Quand on aime, on ne compte pas, dit l’adage. Ou plutôt, on compte moins. Moins les zéros sur l’addition, moins les ficelles parfois grossières du marketing sentimental. L’important n’est pas le prix, mais l’intention — même si l’intention a parfois besoin d’un terminal de paiement. La Saint-Valentin n’a pas inventé le commerce, elle l’a simplement officialisé. Elle donne une belle excuse à ceux qui aiment aimer en grand, et une porte de sortie élégante à ceux qui avaient, une fois de plus, oublié la date. Elle rassure aussi : l’amour devient visible, mesurable, publiable. Sans preuve matérielle, serait-il suspect ? Alors on célèbre. Ou pas. On offre. Ou on écrit. On dîne aux chandelles ou on partage un mofo gasy au coin de la rue. Parce qu’au final, l’important n’est pas ce que l’on dépense, mais ce que l’on investit.
Et là, désolé pour les commerçants, aucune carte bancaire ne fait l’affaire.

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