Baby-foot : Terrain familial
26 janvier 2026 // Métiers & Petits Métiers // 3760 vues // Nc : 192

À Ambatolampy, le baby-foot n’est pas qu’un jeu de café ou de coin de rue. C’est un métier. Mieux : une histoire de famille, de bois, de patience et de gestes transmis sans manuels, mais avec le temps. Dans l’atelier Ideal NL Pro, le bruit des marteaux accompagne le quotidien de plusieurs foyers qui vivent, littéralement, du baby-foot.

Dans une cour discrète, entre copeaux et pots de peinture, Naly Ravalitera travaille entouré des siens. Ici, on fabrique des tables de baby-foot comme d’autres fabriquent des meubles ou des marmites. « Tout petits, on aidait déjà nos parents. On tenait les planches, on regardait. Plus tard, continuer s’est imposé naturellement », raconte-t-il. Le métier s’apprend sur le tas, à force d’observer, de rater parfois, puis de recommencer. Tout commence par le bois. Le pin, longtemps utilisé, devient rare. Il faut désormais aller le chercher plus loin, du côté d’Ambohimandroso ou d’Antsirabe. À défaut, le palissandre ou l’eucalyptus prennent le relais, à condition d’être bien séchés. « Si le bois travaille après, tout est fichu », glisse Naly. Les planches sont ensuite rabotées, assemblées à la main, renforcées avec du mastic et de la fibre, puis peintes pour obtenir une surface lisse, résistante aux parties acharnées.

L’atelier fonctionne comme une petite ruche. Neuf membres de la famille y travaillent en permanence, rejoints par d’autres ouvriers lors des grosses commandes. Les baby-foot partent vers Antananarivo, les provinces, et parfois au-delà des frontières, notamment aux Comores. En période de fêtes, jusqu’à quatre tables peuvent sortir de l’atelier chaque semaine. Les dimensions restent standards – environ 1,40 m sur 76 cm pour 75 kilos – mais tout le reste se personnalise. « Couleurs, figurines, monnayeur… chaque client a sa demande », explique Naly.

Les prix varient entre 650 000 et 920 000 ariary, selon les finitions. Un revenu qui fait vivre plusieurs familles, malgré les défis. La saison des pluies ralentit le séchage, les matériaux fluctuent, l’export complique parfois les délais. « Ce n’est pas un métier facile, mais il est stable. Tant qu’il y aura des gens pour jouer, il y aura du travail », sourit-il. À Ambatolampy, le baby-foot dépasse le simple loisir. Il rassemble, il circule, il dure. Et surtout, il prouve qu’un savoir-faire local peut devenir une économie vivante, transmise de génération en génération, sans perdre son âme.

Lucas Rahajaniaina

Facebook: Atelier Ideal NL Pro
Tél : 033 76 962 32

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