Nirina Ralantoaritsimba : Artiste transdisciplinaire
8 octobre 2023 // Que sont-ils devenus ? // 4715 vues // Nc : 165

En août 2013, Nirina Ralantoaritsimba paraissait dans le numéro 43 du no comment® magazine. Elle y parlait du long métrage « Amour et Turbulences » qu’elle a co-écrit. En effet, l’écriture scénaristique était la dominante de sa pratique. Dix ans après, cette artiste franco-malgache est repassée à Madagascar pendant deux mois, un moment de partages durant lequel, elle a enchaîné les entretiens, les conférences et les ateliers, témoins de la diversification de sa pratique ces dernières années.

Comment votre pratique a-t-elle évolué ?
Il y avait l'actualité de ce long métrage « Amour et Turbulences » que j'avais co-écrit (film qui passe encore régulièrement sur les plateformes et sur France 2).
Mais depuis 2013, cette pratique artistique s'est totalement diversifiée. Comme j'aime à le dire, aujourd'hui, je m'affirme « spécialiste de la non-spécialité », car je suis une artiste fondamentalement transdisciplinaire.
Je passe mon temps à expérimenter des combinaisons plus ou moins inattendues entre les disciplines et les genres, en cinéma, en écriture littéraire, en peinture, calligraphie, théâtre, musique, chanson...

Qu’est-ce qui en est sorti ?
L'écriture littéraire a pris plus de place dans ma vie. J'ai écrit des livres dans des genres différents.

Pour citer les principales œuvres : un roman « Nous sommes les ancêtres de ceux qui ne sont pas encore nés » (Librinova, 2017), un recueil poétique « Multidimensionnelle, et vous ? » (Papirus éditions, 2021) qui est un abécédaire autobiographique, des nouvelles (éditions du Caïman et éditions Dodovole, 2022), « Le Lieutenant Albert » et « Le gardien du tombeau ». Ensuite, l'écriture scénaristique fait toujours partie de ma vie. En 2018, j'ai réalisé un court-métrage co-écrit avec mon frère Julien Ralanto et produit par Révérence (soutenu par le CNC et l'Adami), il s'intitule « Le Créneau » et parle d'une histoire intergénérationnelle entre une grand-mère et son petit-fils. J'ai aussi réalisé et autoproduit un film expérimental qui s'intitule « Le Cerceau quantique », c'est un itinéraire intuitif de définition de moi en tant que femme artiste

Et à l’ère d’internet en particulier ?
Parce que la création artistique connaît un nouveau chemin de fabrication et de diffusion grâce à internet, j'ai aussi continué d'investir ce champ, en créant encore plus de formats numériques qu'on peut visionner sur ma page Youtube (mais aussi sur mon profil FB ou Instagram, récemment un peu sur Tiktok aussi) : « Dialogues intérieurs » (dialogue à deux sur l'intériorité), « Dialogues métis » (dialogue à deux sur le métissage et le multiculturalisme), « Lectures vivantes » (lecture d'extraits de livres sur l'africanité)... En musique, j'ai enregistré et produit deux singles l'an dernier : « No Drama » et « Minuit » qu'on peut écouter sur les plateformes (Spotify, Deezer, Youtube...). En peinture, j'ai organisé des expositions en Nouvelle Aquitaine avec mes toiles abstraites et mes pastels de couleurs, j'ai co-peint des murs avec ma sœur artiste en France et en Espagne.

Pour quel résultat final ?
Mon actualité du moment, c'est la publication en juin dernier aux éditions Honoré Champion de mon essai intitulé « En Californie, les Français écrivent leur ruée (1848-1915) ».  Il s'agit d'un travail d'écriture issu de mes recherches en thèse de littérature sur les récits de voyage. J'y étudie ces textes autobiographiques et ethnographiques en détail, pour en faire sortir les questions interculturelles que cela engendre dans la construction des mythes et leur disparition au fil du temps. Un peu plus loin dans mon actualité artistique, en avril-mai dernier à Madagascar, avec des jeunes des villes de province, nous avons co-créé des fresques murales. Les œuvres collectives picturales sont accessibles au public, l'une dans la médiathèque de l'Alliance Française d'Ambositra, l'autre dans la rue de l'Alliance Française et du marché artisanal de Tuléar. Tous mes sens étaient en éveil et cela va évidemment nourrir mes écritures en cours sur Madagascar et mes racines franco-malagasy !

Les prochaines pages de votre parcours d’artiste ?
Beaucoup de livres en gestation qui ne demandent qu'à sortir de mon ventre... Et pour créer de la nouveauté plus corporelle, je souhaite aussi revenir derrière et devant la caméra. La réalisatrice veut tourner et montrer de nouvelles histoires, et la comédienne veut jouer, incarner de nouveaux personnages. Histoires et personnages inspirants, questionnant, nuancés, paradoxaux, complexes, encore peu représentés jusque-là, afin d'éclairer le spectateur dans sa propre vie pour l'aider à nuancer son jugement sur toute chose et à accepter la différence dans tous ses états. Enfin, je souhaite aussi revenir sur scène au théâtre, avec un seule-en-scène qui me ressemble au plus près, en incluant de la musique, de la peinture et de la chanson.

Propos recueillis par Mpihary Razafindrabezandrina
Contact : +33 6 20 98 77 36

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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