MoovMainty : Tout commence par un point
14 mai 2026 // Arts Plastiques // 146 vues // Nc : 196

Exposé en mars dernier au Marché de l’Art et de l’Artisanat, au Lycée Français de Tananarivo, aux côtés d’artistes confirmés, Dadee Andrianaivoson — alias MoovMainty — n’a plus rien d’un outsider. Avec plus de 500 œuvres et plusieurs expositions à Madagascar comme à l’étranger, il s’impose comme l’une des figures majeures de l’art du recyclage dans la Grande Île. Un artiste qui transforme les rebuts en langage plastique.

Ne cherchez pas uniquement des toiles chez lui. Son terrain de jeu est ailleurs — dans ce qu’il appelle, avec un sourire en coin, le « recyclage du vécu ». Cartons, plastiques, objets abandonnés : tout devient matière. Premier à sculpter le carton à Madagascar, il détourne le fameux « diplôme-carton » pour lui donner une seconde vie, presque ironique. « Je travaille avec ce que la société rejette », explique-t-il. Et ce geste, qui pourrait sembler anecdotique, devient presque politique. Le parcours, lui, ne suit aucune ligne droite. En 1992, à 15 ans, il commence par la musique. Puis, silence. Il faut attendre 2014, à Antsirabe, pour que tout bascule. Une galerie à peindre, des amis graffeurs qui tardent à venir — et ce matin où il décide de le faire lui-même. « Je me suis levé et j’ai commencé », se souvient-il encore. Ce jour-là, sans doute, quelque chose s’aligne. Une forme d’art-thérapie, dit-il.

La suite ressemble à une série de métamorphoses. Une résidence de 12 mois en Afrique en 2017 vient affermir ses convictions : son art a une identité propre, et il est temps de la porter plus loin.

Depuis, MoovMainty trace sa route, entre peinture, sculpture et installations. Un artiste nomade, au sens presque baudelairien du terme. Pour ce qui est du style, il parle d’« art singulier ». Il faut comprendre dans cette réponse un langage organique, instinctif, qui épouse les courbes du subconscient. « Je ne sais jamais où je vais aller », reconnaît-il. Dans ses œuvres, des fragments de visages, des yeux, des masques — comme des réminiscences. « C’est l’image de notre société, vue de l’intérieur », glisse-t-il.

Derrière chaque pièce, il y a un geste simple : ramasser, transformer, recomposer. Une manière, peut-être, de dire que rien ne se perd vraiment. Ni les objets, ni les histoires. « Si tout le monde finit sa phrase par un point, moi, tout commence par un point. » Chez MoovMainty, même les fins ont quelque chose d’un début.

Tatiana Randriamanakajasoa

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