Clémentine Candela « Mon travail interroge la construction des imaginaires »
12 juillet 2023 // Arts Plastiques // 4946 vues // Nc : 162

Peintre et illustratrice, Clémentine Candela est l’artiste qui réalise la couverture du no comment® magazine de ce mois de juillet. Dans son travail, elle aime faire le lien entre le réel et l’imaginaire. Elle se nourrit de ses voyages, des contes, des motifs qui font la singularité de chaque culture.

La peinture et l’illustration pour plus de liberté ?  
Ce sont les médiums qui me permettent de m’exprimer de manière la plus intuitive. Ils me permettent d’aller au-delà des mots en matérialisant un espace dans lequel chacun.e peut entrer. Le sens est moins cloisonné, les univers plus grands. Ça ouvre un espace du dedans vers le dehors et inversement. Ce mouvement me fascine autant qu’il me nourrit.

Vos œuvres sont influencées par les voyages, les symboles, les figures, les contes….
Mon travail interroge la construction des imaginaires, des identités et la coexistence de différents plans de réalités. Tous ces éléments sont pour moi les portes d’entrées de cela. Les voyages permettent notamment de changer de paradigme et d’ouvrir l’éventail de nos perceptions. Quant aux symboles, aux contes, aux figures (archétypes ou autres) mais aussi à l’artisanat, ils sont la matérialisation d’un héritage dense et chargé que j’aime écouter et avec lequel je dialogue dans le présent. J’aime les couleurs très vives bien que mes tableaux naissent de dessins.

C’est un vrai duel à chaque fois de rester fidèle à leur énergie première en les habillant de tonalités colorées. Mon rapport peut être symbolique, mais il est aussi très intuitif.

Votre processus créatif…
Mon processus varie si je travaille sur une série ou pour une commande. Une série peut démarrer suite à un dessin qui résonne sans que je ne sache encore pourquoi. Je vais alors creuser, dessiner, pour découvrir le chemin vers lequel il veut m’emmener et le questionnement qu’il porte en lui. Parfois, je souhaite développer une réflexion qui naît d’une émotion et qui m’habite entièrement à ce moment-là. Dans les deux cas, je dirais que mon subconscient guide et accompagne l’évolution de mes images et de moi-même, les deux étant intimement liées. Les commandes fonctionnent comme une co-création avec le.la commanditaire. Je matérialise dans mon univers esthétique, les éléments qui résonnent fort chez la personne. Je passe par un premier temps de recherches autour des symboliques avant de créer l’œuvre finale. Pour d’avantage de détails, on peut me contacter directement via mon site (clementinecandela.com) ou mon instagram (clementine_artworks).

MAIA
Acrylique, aquarelle, encre, terre et gravure sur bois.26,4x36, 8x0,18 cm. 2023
LE MEDIATEUR
Découpage, collage, acrylique et aquarelle sur24 papier. 65x50cm. 2021

Quelques mots sur l’œuvre en couverture du magazine ?
Ces derniers mois, je ressens le besoin de parler d’un sujet qui brûle en moi depuis très longtemps : les frontières. Qu’elles soient géographiques ou intimes, les boîtes dans lesquelles on nous enferme, empêchent la rencontre de l’Autre et de soi-même. C’est un système mortifère. Pour la couverture intitulée Sonar, j’ai voulu jouer avec le titre du magazine no comment® pour relever l’absurdité d’une humanité enfermée dans une nature infiniment grande, libre et vivante. Ce cloisonnement politique et collectif se retrouve également à l’échelle individuelle à travers les barrières que nous nous mettons.

Un parcours entre cinéma et philosophie ?
Après un bac littéraire option cinéma, j’ai étudié la philosophie à l’université en suivant des options en art plastique, histoire de l’art et ethnologie. En master, je me suis spécialisée dans la philosophie esthétique via une approche transdisciplinaire liant la psychanalyse sur la question de la création et des arts. Lors de ma dernière année, j’ai intégré l’Académie des beaux-arts de Venise en Erasmus avant d’écrire « ObjectiFianar », un projet d’initiation à la photographie à destination d’enfants qui s’est déroulé à Fianarantsoa et parrainé par Pierrot Men, lors d’un stage à l’Alliance Française de la ville.

SYLVER DREAM
Acrylique sur papier A4 et cadre. 2021
ECLATEMENT
Aquarelle et acrylique sur papier 14,8x21cm. 2022

Vos liens avec Madagascar ?
Mon père a vécu 10 ans à Madagascar. J’ai donc passé mon enfance et adolescence à faire des allers-retours entre le sud de la France et Tamatave. Plus tard, je me suis installée à Fianarantsoa où j’ai animé divers ateliers artistiques avec des enfants. J’ai vécu dans d’autres pays avant de finalement revenir et de m’installer à Tana ces deux dernières années. Madagascar est un pays qui m’habite et qui a joué un rôle important aussi bien dans ma construction et vie personnelle que dans ma perception du réel.

Les projets ?
Je développe actuellement une série de tableaux sur cette question-là en amenant notamment les dessins sur des supports plus grands et animés. En parallèle, je travaille à l’illustration de poèmes et de textes.

MUTATION : FIN ET RECOMMENCEMENT
Acrylique, gouache et pigments sur toile100x65cm. 2021
L’AMOUR ARDENT
Acrylique sur toile40x60cm. 2022

Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

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Les lieux restent presque immuables. On y retrouve les mêmes pièces, des fois un peu usagées, des fois rafraîchies à la hâte. Les mêmes scènes, les mêmes rues, les mêmes places, les mêmes studios improvisés, les mêmes cafés où l’on refait le monde jusqu’à la dernière goutte de café noir. Le décor est planté. Et chaque année, on y rajoute des histoires. Une nouvelle année sans bruit. C’est le cas de 2026. Elle ne prétend pas bouleverser l’ordre établi. Elle n’a pas pour ambition de repeindre en entier le décor. Elle applique juste une nouvelle couche sur une fresque déjà bien fournie. Une couche de plus, ni la première ni la dernière. Et c’est très bien ainsi. La culture, après tout, ce n’est pas un feu d’artifice annuel. C’est une accumulation. Un empilement de récits, de gestes, de tentatives fragiles ou lumineuses.On imagine souvent cela : le même théâtre, la même cour d’école transformée en espace de spectacle, la même salle municipale qui sent le bois et la poussière. Et pourtant, chaque année, on y a perçu autre chose. Une oreille différente. Une nouvelle boule de rage. Un espoir plus petit, plus discret. Le lieu n’a pas changé mais l’histoire oui. Et tout dépend de cela. Alors, 2026 ne sera pas une page blanche. Elle inscrira une ligne de plus. Elle aura ses marges griffonnées, ses ratures, ses fulgurances. Certains artistes iront jouer aux mêmes endroits, mais avec d’autres choses à dire. Car on raconte jamais deux fois la même histoire, même quand on croit se répéter. Et puis, c’est plutôt rassurant. De savoir que les lieux tiennent bon. Qu’ils attendent. Qu’ils encaissent le passage du temps alors que nous, on continue à raconter, à chanter, à jouer, parfois même à douter. Le décor est encore là. Les histoires changent. Lentement mais surement, c’est comme cela que se construit le grand récit culturel malgache.

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