Mitady ny tsy hita : Chercher l’invisible
14 juin 2025 // Arts Plastiques // 6513 vues // Nc : 185

Avec une première exposition en 2020, Mitady ny tsy hita est aussi un projet sur Instagram. Miarifidy Rafolomahefarivony, auparavant styliste et set designer, est doctorante en esthétique de l’art basée à Paris et à l’origine de ce mouvement qui se veut tisser des liens entre le passé et le présent, l’héritage culturel malgache et la création actuelle.

« Mitady ny tsy hita », en quelques mots ?
Littéralement « à la recherche de l’invisible », il s’agit d’un projet né de l’envie de partager une sensibilité, un regard et une recherche universitaire à propos de l’art à Madagascar. C’est pour une réflexion continue qui nourrit un imaginaire. Comme le dit Jacques Lombard, cet imaginaire n’a peut-être jamais existé tel quel, mais il a le pouvoir de toucher et d’éveiller ce qu’il appelle « les images intérieures ». Nous voulons faire un clin d’œil au mouvement littéraire malgache, qui date des années 30, connu sous l’appellation Mitady ny very (à la recherche des perdus). Ce mouvement cherchait à préserver et à valoriser une création artistique sincère, loin des simples imitations destinées à être vendues.

Il s’agit d’une deuxième édition…
L’événement, ayant eu lieu à Antananarivo en 2020, s’appelait « Habiter un espace intime. » Le projet était dans le cadre d’une rencontre universitaire, initié par Dounia Jauneaud, Miangaly Randriamanantena et moi-même dans une démarche collaborative autour de l’intime et de la mémoire. À l’origine, on pensait développer le projet sous d’autres formes, avec d’autres volets. Mais on s’est aussi confronté à certaines réalités : le milieu de l’art n’est pas seulement de la rêverie ou des concepts, il faut aussi composer avec des stratégies, des moyens financiers, des réseaux, du temps, et souvent une forme d’institutionnalisation. Cela nous a amenées à réfléchir autrement à la suite, de façon plus souple et sans forcément suivre un modèle classique. Le projet continue bien sûr, il évolue juste différemment et à un rythme qui nous est propre.

Maintenant, quels sont les objectifs ?
En bref, nous voulons donner de la place à des formes de création en lien avec l’histoire, la mémoire et les vécus d’un territoire, à savoir Madagascar. Notre objectif est de mettre en lumière ces imaginaires invisibles, intimes, qui ne se voient pas forcément, mais qui existent. En effet, l’art peut aussi venir de l’intérieur de tout un chacun, de ce qu’on ressent dans son for intérieur. Les meilleurs œuvres d’art ne naissent pas que de ce que l’on a vu, entendu, observé à l’extérieur.

Un projet lancé sur Instagram…
J’ai choisi Instagram parce que c’est un moyen simple et direct, une plateforme visuelle qui permet à la fois de montrer mes œuvres et de raconter des histoires. Mais je sais aussi que ça reste un espace limité : ça touche surtout un public déjà connecté, souvent déjà sensibilisé. C’est pour ça que je pense à d’autres formes de transmission, plus ancrées localement, plus accessibles. L’exposition de 2020, par exemple, s’adressait à un public bien plus large, parfois éloigné de ces espaces numériques. Ce sont deux manières très différentes de partager, mais qui se complètent : l’une est plus directe, située, l’autre plus libre, dans le temps comme dans l’espace.

Faire de l’art, c’est quoi, concrètement ?
Je me demande souvent ce que signifie “faire de l’art” à Madagascar. Je n’ai pas de réponse nette, c’est flou — et peut-être que c’est justement ce flou qui m’intéresse. Il ouvre des possibles, il permet de tester, de chercher autrement. En ce moment, je réfléchis à une résidence autour de l’art et de l’artisanat. Quelque chose de simple, enraciné, loin des codes parfois très fermés de l’art contemporain, dans lesquels je me reconnais de moins en moins. Prendre le temps, écouter, douter, rater aussi. C’est ça, pour moi, le cœur du travail.

Propos recueillis par Rova Andriantsileferintsoa

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