Indiamahery : L'art de faner
18 juillet 2026 // Littérature // 1715 vues // Nc : 198

Un informaticien-juriste-sociologue qui écrit des poèmes. À première vue, ça ressemble à une blague de potache. Mais Les Roses Mortes, premier recueil d'Indiamahery, poète slameur originaire de Toamasina, vient de paraître en auto-édition — et il est désormais disponible sur Amazon depuis le 5 avril. International, donc. La plume refuse la cage, et visiblement, le monde commence à l'entendre.

Les Roses Mortes s'ouvre comme un triptyque — trois actes, trois saisons du verbe : Pétales fanés, Tiges sèches, Racines invisibles. Quatre-vingt-douze poèmes en tout, structurés comme un cycle de vie et de deuil, où l'amour est le fil rouge : ses éclats, ses meurtrissures, ses silences. Le titre, lui, porte une métaphore déchirante.

« Une fois déracinée, la rose perd sa valeur. C'est exactement le même drame pour l'être humain lorsqu'il se coupe de ses essences », confie le poète avec ce ton d'oracle tranquille qui lui est propre. Et si vous lui demandez quel instrument a couché la majorité de ces vers sur le papier, il vous tendra son stylo — un objet en apparence ordinaire, mais complice d'une longue gestation. Un objet à la vertu cachée, dit-il. Baudelaire aurait apprécié l'attention.

Il y a dans ce recueil quelque chose de délibéré — et ce mot n'est pas choisi au hasard. Indiamahery n'a pas étudié la littérature sur les bancs d'une université. Il y a dans ce recueil quelque chose de délibéré — et ce mot n'est pas choisi au hasard. Indiamahery n'a pas étudié la littérature sur les bancs d'une université. Sociologue, informaticien, juriste : il a consciemment contourné les académies pour ne pas se laisser embrigader par les dogmes.

« C'est cette même soif de liberté qui m'a poussé vers l'auto-édition », affirme-t-il avec la fierté de quelqu'un qui a tout fait lui-même, de la première correction à l'impression finale. « La littérature est un devoir, un monument pour le patrimoine culturel, une manière de s'inscrire dans l'éternité du papier », lance-t-il sans recfléchir. Écrire délibérément, laisser la plume courir là où le cœur l'appelle. Tel est son credo.

Le slam est arrivé en terminale, via les Atrik'asa de l'association Madagaslam — ces ateliers qui ont formé toute une génération de voix malgaches. Depuis, Indiamahery maîtrise cette double identité du verbe : le poème sur le papier, et le poème sur scène, allié au corps et au théâtre. Plus récemment, il a poussé l'exercice encore plus loin lors d'une exposition du 16 avril au 30 juillet : réinterpréter le célèbre quatrain anonyme Roses are red à travers quatorze courants artistiques — cubisme, surréalisme, expressionnisme. Picasso en strophes, en somme. Une performance littéraire inédite, et une façon de rappeler que la poésie, quand elle refuse les frontières, peut traverser les siècles. Les Roses Mortes sont disponibles dès maintenant. À feuilleter librement, passionnément, délibérément.

Tatiana Randriamanakajasoa

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Golden Rose : La beauté à la turque charme Tana

Lire

26 août 2026

Golden Rose : La beauté à la turque charme Tana

La cosmétique turque a trouvé son ambassadrice à Madagascar. Golden Rose Style and Beauty vient de rouvrir dans un espace repensé, plus vaste et plus...

Edito
no comment - Tout feu, tout jeune

Lire le magazine

Tout feu, tout jeune

Le 12 août, on célèbre la Journée mondiale de la jeunesse. À Madagascar, cette journée a de quoi occuper un stade entier — les moins de 25 ans représentent plus de 60% de la population. Autrement dit, les jeunes ne sont pas l'avenir de Madagascar. Ils sont déjà le présent, et ils ont l'air pressés. Dans l'entrepreneuriat, ils sont de plus en plus nombreux à se lancer, à créer, à risquer — souvent sans filet, souvent sans aide, mais toujours avec cette énergie un peu folle qui fait qu'on se demande s'ils dorment vraiment la nuit. En culture, les nouvelles sont encore meilleures. Aina Rasamoelina vient de décrocher le Prix RFI Instrumental Afrique. Miangaly Elia rafle le Prix Paritana 2026. Madagascar rayonne, et ce sont des mains jeunes qui tiennent la torche. Alors oui, on pourrait s'arrêter là, applaudir et rentrer chez soi satisfait. Mais ce serait passer à côté d'une chose essentielle. La fougue, ça brûle fort — et parfois, ça brûle vite. Une flamme sans direction peut éclairer autant qu'elle peut consumer. C'est là que les aînés entrent en scène — pas pour reprendre le gouvernail, mais pour montrer où sont les récifs. Les jeunes ont la force, les vieux ont l'expérience, comme on dit. Ce n'est pas un combat de générations — c'est une question d'équipage. Partagez vos réussites, mais aussi vos échecs. Surtout vos échecs, d'ailleurs — ils enseignent mieux que n'importe quel manuel. À Madagascar, la barque avance. Il faut juste s'assurer que tout le monde rame dans le même sens.

No comment Tv

Interview - L’Architecture du Goût - Août 2026 - NC 199

Découvrez L’Architecture du Goût, dans le no comment® NC 199 – août 2026.
À Antananarivo, deux univers créatifs se sont rencontrés autour d'une question simple : et si l'objet qui accompagne le repas transformait l'expérience même du goût ? L'Architecture du Goût, née de la collaboration entre le Studio ARRA et Kr.Atelier, propose une réponse aussi sensorielle que visuelle. Rencontre avec Ando Ramanantsoa et Kiady Ratovoson, les deux artistes qui redéfinissent l'art de la table.

Focus

Sookany Trophy

Sookany Trophy, du 17 au 19 juillet à Antsiranana

no comment - Sookany Trophy

Voir