Un informaticien-juriste-sociologue qui écrit des poèmes. À première vue, ça ressemble à une blague de potache. Mais Les Roses Mortes, premier recueil d'Indiamahery, poète slameur originaire de Toamasina, vient de paraître en auto-édition — et il est désormais disponible sur Amazon depuis le 5 avril. International, donc. La plume refuse la cage, et visiblement, le monde commence à l'entendre.
Les Roses Mortes s'ouvre comme un triptyque — trois actes, trois saisons du verbe : Pétales fanés, Tiges sèches, Racines invisibles. Quatre-vingt-douze poèmes en tout, structurés comme un cycle de vie et de deuil, où l'amour est le fil rouge : ses éclats, ses meurtrissures, ses silences. Le titre, lui, porte une métaphore déchirante.

« Une fois déracinée, la rose perd sa valeur. C'est exactement le même drame pour l'être humain lorsqu'il se coupe de ses essences », confie le poète avec ce ton d'oracle tranquille qui lui est propre. Et si vous lui demandez quel instrument a couché la majorité de ces vers sur le papier, il vous tendra son stylo — un objet en apparence ordinaire, mais complice d'une longue gestation. Un objet à la vertu cachée, dit-il. Baudelaire aurait apprécié l'attention.
Il y a dans ce recueil quelque chose de délibéré — et ce mot n'est pas choisi au hasard. Indiamahery n'a pas étudié la littérature sur les bancs d'une université. Il y a dans ce recueil quelque chose de délibéré — et ce mot n'est pas choisi au hasard. Indiamahery n'a pas étudié la littérature sur les bancs d'une université. Sociologue, informaticien, juriste : il a consciemment contourné les académies pour ne pas se laisser embrigader par les dogmes.
« C'est cette même soif de liberté qui m'a poussé vers l'auto-édition », affirme-t-il avec la fierté de quelqu'un qui a tout fait lui-même, de la première correction à l'impression finale. « La littérature est un devoir, un monument pour le patrimoine culturel, une manière de s'inscrire dans l'éternité du papier », lance-t-il sans recfléchir. Écrire délibérément, laisser la plume courir là où le cœur l'appelle. Tel est son credo.
Le slam est arrivé en terminale, via les Atrik'asa de l'association Madagaslam — ces ateliers qui ont formé toute une génération de voix malgaches. Depuis, Indiamahery maîtrise cette double identité du verbe : le poème sur le papier, et le poème sur scène, allié au corps et au théâtre. Plus récemment, il a poussé l'exercice encore plus loin lors d'une exposition du 16 avril au 30 juillet : réinterpréter le célèbre quatrain anonyme Roses are red à travers quatorze courants artistiques — cubisme, surréalisme, expressionnisme. Picasso en strophes, en somme. Une performance littéraire inédite, et une façon de rappeler que la poésie, quand elle refuse les frontières, peut traverser les siècles. Les Roses Mortes sont disponibles dès maintenant. À feuilleter librement, passionnément, délibérément.
Tatiana Randriamanakajasoa